Les soldats se ruèrent dans l'allée. Déjà, quelques-uns se jetaient dans les massifs, pour fouiller à droite et à gauche, lorsque Pierre Rosny parut. Il était fort pâle; mais calme et résolu. En le voyant, Faustine oublia sa colère. Elle ne comprit qu'une chose: c'est qu'elle livrait à la mort une créature humaine. Elle fit un mouvement pour se jeter devant lui. Mais Pierre étendit la main.

—J'ai entendu, Mademoiselle. Je vous pardonne. Seulement, vous vous trompez. J'ai tout fait pour protéger votre frère. Je suis un soldat, non pas un assassin.

Cet homme ne mentait pas. Il suffisait de le regarder, de l'entendre. Il avait tout fait pour protéger Étienne! Faustine s'élança vers le capitaine.

—Ah! sauvez-le! cria-t-elle.

Trop tard. Impossible maintenant de maîtriser les soldats exaspérés. Ils tenaient enfin cet enragé qui les harassait depuis si longtemps. Et puis, cet homme faisait partie de ceux qui se cachaient dans le bois. Lui-même l'avouait. Avant même que Louis Maubert eût donné un ordre, on saisissait Pierre Rosny; on le traînait sur la route.

—Sauvez-le! sauvez-le! sauvez-le! disait Faustine en se tordant les mains.

Louis Maubert se précipita. Serrées l'une contre l'autre, les jeunes filles attendaient, muettes, n'osant pas prononcer un mot. Non, cet homme ne mentait pas. On lisait sur son visage de l'énergie et de la volonté. Ne disait-il pas qu'il avait protégé Étienne? Elles attendaient. La discipline serait-elle plus forte que la fureur? Le capitaine dompterait-il la colère de ses soldats? A cette époque, les rages s'entre-croisaient mortellement. Dans les deux camps, on se haïssait. Et Faustine, qui pleurait son père, qui pleurait son frère; Faustine, si cruellement frappée depuis trois jours, eût tout fait pour sauver celui qu'elle venait de livrer. Tout à coup, une fusillade éclata, crépitante et sinistre.

—Ah! malheureuse!... s'écria la jeune fille.

Et elle tomba raide.

FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE