—Et tu permettais à ce monsieur, assez mal élevé en somme, de te parler sans t'être présenté?
—Oh! en voyage... Et puis... (Mme de Guessaint rougit) je ne sais quel charme me retenait dans l'allée de ce promenoir. Très beau, mon inconnu. Un grand blond, de vingt ou vingt-deux ans, avec des yeux bleus étincelants et un front superbe.
—Faustine, tu m'abasourdis.
Mme de Guessaint souriait toujours, mais une pensée illuminait maintenant son sourire.
—Tu seras bien plus stupéfaite encore dans cinq minutes. Figure-toi que je suis restée une demi-heure avec mon artiste. Car c'était un artiste, un élève de l'École de Rome, un grand prix de sculpture. Et une gaieté, ma chère! Il riait de tout, d'un bon rire loyal et franc. Il faisait des mots qui m'égayaient malgré moi. Car tu penses bien que je ne disais pas grand'chose: j'écoutais. Il me racontait que, depuis deux ans, il ne bougeait pas de Rome. Il la connaissait bien, sa Ville Éternelle! Sur le bout du doigt. Les églises, les salons, les chefs-d'œuvre, les racontars du Quirinal et les histoires du Vatican, les amours de la grande dame et celles de l'actrice, il disait tout avec une verve endiablée. Je le trouvais charmant. Et en m'en allant, je me faisais tout bas un aveu: c'est qu'il serait facile d'aimer un être jeune, loyal et enthousiaste comme celui-là!
Nelly riait aux éclats.
—Tu ne lui as pas demandé son nom?
—Il ne m'a pas demandé le mien.
—Il n'aurait plus manqué que ça! Et tu ne l'as pas revu?
—Jamais.