Nous avons déjà eu occasion de parler de Claveret, autre poëte de la même époque, d'abord l'ami et bientôt après le rival assez ridicule de Corneille. Claveret composa plusieurs comédies et une tragédie, le Ravissement de Proserpine (1639). Le poëte eut une singulière idée à propos de cette pièce. Ne sachant comment faire pour observer l'unité de lieu, il imagina de prévenir le public que la scène se passant au ciel, en Sicile et aux enfers, et ces trois endroits se trouvant sur une ligne perpendiculaire tirée du céleste au sombre séjour, la règle pouvait être considérée comme étant observée. Parmi les comédies qu'on doit à cet auteur, nous citerons celle de l'Écuyer ou les Faux Nobles, en cinq actes et en vers (1666). Cette pièce fut inspirée par une mesure prise à cette époque pour la recherche des individus qui prenaient des titres de noblesse sans en avoir le droit. On voit que rien n'est nouveau sur la surface du globe et que les travers du dix-neuvième siècle étaient déjà ceux du dix-septième.

Un troisième contemporain du grand Corneille, La Calprenède, gentilhomme gascon, fit parler de lui à la même époque que les deux précédents, et son nom fût passé à la postérité, même à défaut de ses œuvres, grâce à ces deux vers de Boileau:

Tout est humeur gasconne en un auteur gascon,
Calprenède et Juba parlent du même ton.

Homme d'un certain mérite, La Calprenède était bien, en effet, des bords de la Garonne, dans toute l'acception qu'on donne à cette phrase; ainsi, Richelieu lui disant un jour, après avoir entendu une de ses tragédies, que la pièce n'était pas mauvaise, mais que les vers en étaient lâches: «Cadedis! s'écria le Gascon, il n'y a rien de lâche dans la maison de La Calprenède.» Il était, du reste, d'une bonne famille. Son grand talent de conteur plein de verve lui fit accorder par la reine, qu'il avait amusée en lui disant son roman de Silvandre, une pension assez ronde. Avec cet argent il se fit faire un habit et répétait avec orgueil en montrant la belle étoffe de son pourpoint: C'est du Silvandre.

Il fit paraître en 1635, Mithridate, tragédie dont la première représentation tomba le jour des Rois, en 1638, le Comte d'Essex, la meilleure pièce de son répertoire, en 1647, la Mort des enfants de Brute où l'on trouve quelques beaux vers, tels que ceux de Brutus, après avoir condamné ses fils:

Laisse-moi soupirer, tyrannique vertu;
Je t'ai donné mes fils, Rome que me veux-tu?
J'ai donné tout mon sang à tes moindres alarmes;
Souffre qu'à tout mon sang je donne quelques larmes.

JUNIE.

Qu'as-tu fait de ton sang, Brutus?

BRUTUS.