Entre Crébillon et Voltaire, les deux plus grands poëtes tragiques du dix-huitième siècle, parut Chateau-Brun, auteur des deux tragédies de Mahomet II et des Troyennes.
Château-Brun, membre de l'Académie en 1753, était maître-d'hôtel du duc d'Orléans. Dans la crainte de déplaire à son prince, il garda quarante ans, sans la faire jouer, sa première tragédie. Elle parut en 1714.
Sa seconde ne vit le jour qu'en 1754. Dans le second acte des Troyennes, un homme vient se jeter aux genoux du vainqueur, expose la misère du peuple et demande du pain. «J'aurais été bien surpris, dit un plaisant du parterre, si on n'eût pas parlé de manger dans une pièce faite par un maître-d'hôtel?» Ce mot fit changer le trait.
C'est par cette pièce que la Comédie-Française rouvrit son théâtre, le 31 mars 1769, rentrée de laquelle date le fameux changement de la suppression des banquettes ridicules qui obstruaient le théâtre. On avait à dessein choisi les Troyennes, où il y a beaucoup d'acteurs en scène, pour faire comprendre au public les avantages résultant de cette disposition nouvelle.
XI
VOLTAIRE.
DE 1718 A 1773.
Voltaire.—Il résume tous les genres dramatiques.—Son caractère littéraire.—Sa tendance au plagiat.—Mot de Fontenelle.—Anecdote de pâté à propos de Zaïre.—Œdipe (1718).—Son succès.—Anecdotes et bons mots.—Artémise (1720).—Transformations successives de cette tragédie.—Anecdotes.—Épigramme.—Origine des différends de Voltaire et de Rousseau.—Brutus et Éryphile (1730 et 1732).—Anecdote de la Calotte.—Zaïre (1732).—Vers à Mlle Gaussin et à Dufrêne.—Adélaïde Duguesclin (1734).—Sa transformation.—Anecdote.—Epigramme.—Alzire (1736). Le Franc de Pompignan.—Critique d'Alzire.—Comédie de l'Enfant prodigue (1736).—Zulime (1740).—Jugement de Voltaire sur cette tragédie.—La Mort de César (1741).—Mahomet (1742).—Anecdotes.—Apogée des succès pour Voltaire.—Le Temple de la Gloire, opéra (1743). Joli mot de Voisenon.—Sémiramis (1748).—Oreste (1750).—Mérope (1743).—Anecdotes.—Usage de demander l'auteur.—Un Anglais.—Parodie de Mérope au théâtre des Marionnettes.—Pellegrin.—Anecdotes et critique sur Sémiramis.—Le tonnerre de Mlle Dumesnil.—Anecdote sur Oreste.—Rome sauvée (1752).—Le Paysan Normand.—Tancrède.—L'Écueil du Sage (1762).—Les Scythes (1767), et les Triumvirs (1764).—Anecdotes.—Mot piquant de Voltaire à une actrice.
Le 30 novembre 1694, dix ans après la mort de Corneille, cinq ans avant celle de Racine, naquit à Paris Arouet de Voltaire, l'écrivain, l'auteur, le poëte qui devait résumer en lui seul tout le dix-huitième siècle littéraire. Cet homme, le plus extraordinaire qui ait jamais paru dans la spécialité des lettres, vécut de longues années travaillant toujours, produisant sans cesse, s'essayant à tous les genres, échouant d'abord dans plusieurs, réussissant ensuite, et finissant par mériter de ses contemporains le nom de Poëte-Roi, nom que la postérité lui a conservé.