Et moi je trouve, quoi qu'on die,
Que sa préface le peint mieux.
Après le Glorieux, l'Ambitieux et l'Indiscrète, tragi-comédie en cinq actes et en vers, jouée sans avoir été affichée, en 1737. Le sort de cette pièce fut longtemps incertain. Les comédiens, dès qu'on la leur avait présentée, l'avaient unanimement reçue, fondant sur elle de grandes espérances; mais le lieutenant de police, trouvant ou croyant y voir des allusions contre le garde-des-sceaux, refusa net l'autorisation de la jouer. Quelques démarches que l'on fît près de lui, l'interdiction fut maintenue jusqu'à la disgrâce du personnage que l'on prétendait désigné. Alors on obtint la libre pratique et la comédie put paraître, mais n'obtint pas un bien grand succès, malgré les efforts de mademoiselle Dangeville qui cependant par son jeu spirituel, par sa grâce, par la naïveté qu'elle mit dans son rôle, la sauva d'une chute et la préserva d'une cabale.
En 1750, quatre ans avant la mort de Destouches, cet auteur, quoiqu'il fût âgé de soixante-dix ans, donna une pièce en vers et en cinq actes, la Force du naturel, qui ne fut ni un succès ni une défaite, malgré le jeu de cette même Dangeville. La célèbre mademoiselle Gaussin y avait un rôle de jeune fille dans lequel se trouvaient ces vers:
.....C'est un pauvre mouton,
Je crois que, de sa vie, elle ne dira non.
Ce trait fit rire la salle entière qui connaissait ce mot de cette tendre actrice: «Ça leur fait tant de plaisir, et à moi si peu de peine!» Ces mots rappellent ceux du même genre de la Gaussin du dix-neuvième siècle, à qui l'on demandait quel était le père de deux charmants enfants:—«Ma foi, je n'en sais rien, il entre tant de monde ici, et puis j'ai la vue si basse!»
Destouches donna encore une comédie, peu de temps avant de fermer les yeux, le Dissipateur ou l'honnête Friponne, en cinq actes et en vers; imprimée en 1736, jouée on province en 1737, cette pièce ne fut représentée à Paris qu'en 1753.
Deux autres, la Fausse Agnès, imprimée en 1736, le Tambour Nocturne et l'Homme Singulier, imprimées dès 1736, ne furent représentées qu'en 1759, 1762 et 1765, bien longtemps après la mort de l'auteur. L'une de ces comédies, le Tambour Nocturne ou le Mari devin, en cinq actes et en vers, est une charmante pièce, encore reprise quelquefois à la scène, dont la donnée, assez frivole en apparence, a été souvent imitée, et qui plaît toujours.
Destouches a aussi composé en 1742, un opéra comique avec trois intermèdes, les Amours de Ragonde, pour être joué sur le théâtre de la duchesse du Maine, à Sceaux.