Le public bonnement, dans son erreur extrême,
Pense que tous mes vers sont faits pour mon poëme.
Madame, en vérité, c'est juger de travers,
Mon poëme n'est fait que pour coudre leurs vers.
Louis de Cahusac, contemporain de Gresset et l'un des auteurs féconds de cette époque, donna aux Français deux tragédies: Pharamond et le Comte de Warwick, toutes deux fort médiocres, et deux comédies: Zéneïde et l'Algérien.
Zéneïde, en un acte, en vers libres, jouée en 1743, eut du succès et le méritait; c'est une jolie comédie attribuée à plusieurs personnes, mais qui semble bien réellement de Cahusac. L'Algérien ou les Muses comédiennes, comédie-ballet en trois actes, en vers libres, représentée en 1744, est une pièce de circonstance, composée à l'occasion du rétablissement de la santé de Louis le Bien-Aimé. Cette pièce causa, un jour, une sorte de tumulte. Boindin était à côté de Piron:—«Voyez donc, dit-il à son voisin, combien il y a peu d'ordre à la Comédie-Française.—Ne m'en parlez pas, reprit Piron, c'est une vieille... fille qui a perdu...» (il lui dit le dernier mot à l'oreille).
Au milieu du dix-huitième siècle vivaient trois auteurs du nom de Rousseau; le plus fameux, Jean-Jacques, s'étant intitulé de Genève, on donna au second, Jean-Baptiste, qu'on appela aussi le grand Rousseau, le surnom de Paris; alors le troisième, qui était né à Toulouse, Pierre Rousseau, prit pour sobriquet le nom de sa ville natale.
Ce dernier composa quelques jolies comédies qui furent presque toutes jouées, dans le principe, chez le duc de Chartres, plus tard duc d'Orléans. L'une d'elles, les Méprises, en un acte, en vers libres avec divertissement, représentée en 1754, avait été annoncée ainsi dans les Petites-Affiches de Paris: Les Méprises, comédie par Pierre Rousseau, citoyen de Toulouse. On fit aussitôt une épigramme sur les trois Rousseau, épigramme sanglante pour Pierre et Jean-Jacques.