De porter le doux nom de père:

Sa femme devait en lumière

Mettre incessamment un Dauphin.

Mais, espérance mensongère!

Eh bien! Quoi?... Vous le devinez,

Depuis longtemps il ne peut faire,

Hélas! que des enfants mort-nés!

Nous ne dirions rien de Bastide, romancier plutôt qu'auteur dramatique, et qui donna quelques comédies médiocres de 1750 à 1767, si nous ne voulions parler de l'une de ses productions, le Jeune Homme, en cinq actes et en vers, jouée en 1764 et qui eut la plus singulière destinée. Le commencement du premier acte fut applaudi avec fureur, la dernière scène fut huée. Au second acte, les murmures recommencèrent; à la seconde scène du troisième, des expressions trop crues ayant choqué le public, et un des spectateurs ayant imaginé d'éternuer avec affectation et d'une façon comique, les rires redoublèrent. L'actrice en scène, interrompue, ne pouvant reprendre le fil de son rôle, se décida à faire une humble révérence et à se retirer. Ainsi finit la première représentation, et il n'y en eut pas une seconde. C'était bien le cas de dire: Pauvre Jeune Homme!

Un autre auteur de la même époque, le chevalier de la Morlière, ne fut pas plus heureux. Il donna trois comédies aux Français, et aucune n'eut de succès. Dans l'une d'elles, la Créole, jouée en 1754, un valet dit en scène à son maître, après lui avoir fait le détail d'un divertissement: «Que pensez-vous de tout cela?—Je pense que tout cela ne vaut pas le diable,» répond le maître. Cette parole fut aussitôt appliquée à la situation par le parterre. Il répéta en chœur une phrase qui devint un jugement définitif et sans appel, car la pièce ne fut pas même achevée.

Jean-Jacques Rousseau, l'un des trois Rousseau dont nous avons parlé, et celui qui fit le plus de bruit dans le monde, eut en 1752 et en 1753 une velléité théâtrale. Il fit jouer aux Français une petite comédie en un acte et en prose intitulée l'Amant de lui-même, et à l'Opéra le Devin du village, intermède dont les paroles et la musique étaient de lui.