Poinsinet imagina de composer une tragédie bourgeoise, dans le genre larmoyant, intitulée: Les Amours d'Alice et d'Alexis, en deux actes et mêlés d'ariettes, empruntée d'une romance de Moncriff. Il n'eut pas la consolation de la voir représenter avant sa mort, et cette mort fut tragique.

En 1760, il était allé en Italie; en 1769 il fut en Espagne, et on le nomma par dérision Don Antonio Poinsinet. Il avait imaginé de se faire directeur d'une troupe ambulante et s'était donné pour mission de propager la musique italienne et les ariettes françaises. Il se noya dans le Guadalquivir, à Cordoue. Personne n'eut plus d'aventures grotesques, de procès singuliers que ce malheureux auteur. Il parle lui-même de ses mystifications, devenues fameuses, dans une Ode à la Vérité. Il s'y compare à un agneau qui va, la foudre en main, poursuivre dans les sombres abîmes ceux qui riaient de son excessive et incroyable crédulité. Palissot, dans sa Dunciade, lui consacra les vers suivants:

Ainsi tomba le petit Poinsinet;

Il fut dissous par un coup de sifflet.

Telle, un matin, une vapeur légère

S'évanouit aux premiers feux du jour,

Tel Poinsinet disparut sans retour.

Laplace, auteur de deux ou trois comédies, rédacteur du Mercure de France, homme d'esprit, traducteur de plusieurs tragédies du théâtre anglais, donna aux Français, en 1757, Adèle de Ponthieu. Cette pièce, présentée aux comédiens, lue, reçue avec acclamation par l'aréopage, fut dix-huit mois sans être jouée, par suite de démarches et de menées secrètes. Les gentilshommes de la Chambre furent obligés de se mêler de l'affaire. Le duc de Richelieu, qui venait de prendre Mahon, était alors d'exercice; il donna des ordres si formels qu'Adèle de Ponthieu fut représentée, mais de mauvaise grâce, par les acteurs. Le public cependant l'applaudit, et l'auteur fit pour Richelieu cet impromptu:

Ton oncle conquit la Rochelle,

Combla les arts de bienfaits éclatants.