La première représentation de la seconde pièce de Visé, le Gentilhomme Guespin(1670), en un acte et en vers, donna lieu à une scène plaisante qui se passa entre le public du parterre et le public du théâtre. L'auteur et quelques seigneurs de ses amis riaient et faisaient du bruit derrière les acteurs, le parterre ennuyé se mit à les siffler; un des jeunes gentilshommes s'avance sur la scène en disant: Si vous n'êtes pas satisfaits, on vous rendra votre argent. Un plaisant lui répond:

Prince, n'avez-vous rien à nous dire de plus?

Un second s'écrie aussitôt:

Non: d'en avoir tant dit il est même confus.

Alors ce fut un tolle général, un rire homérique qui faillit nuire au succès de la pièce, laquelle, somme toute, ne valait pas grand'chose. On peut porter le même jugement sur les Intrigues de la Loterie, qui parut peu après; sur le Mariage de Bacchus (1672), comédie héroïque; mais non pas sur l'Inconnu, autre comédie héroïque, jouée en 1675, dont Thomas Corneille fut le collaborateur, qui eut un grand nombre de représentations, et fut souvent reprise depuis, même après la mort des auteurs. La Devineresse, quatre ans plus tard, en 1679, eut aussi un grand succès.

La Comète (1680), les Dames Vengées (1695), défense des femmes attaquées dans la satire de Boileau, furent des comédies composées, la première par Fontenelle et attribuée à Visé, la seconde par Visé et Thomas Corneille.

En 1696, l'auteur du Mercure fit jouer le Vieillard Couru, en cinq actes et en prose. Les lois sur la diffamation étaient, à cette époque, moins sévères que de nos jours, car le Vieillard mis en scène et flagellé d'importance par Visé, était un commissaire aux saisies-réelles, désigné de façon à ce que personne ne pût s'y tromper, et dont le nom de Farfadet de la pièce était le vrai nom à une lettre près. Cependant cette comédie ne fut pas défendue, le commissaire mis en scène ne se fâcha pas, et le public rit de tout son cœur en faisant voir qu'il saisissait l'allusion.

Visé, auquel ses contemporains durent encore une dizaine d'autres pièces en vers ou en prose, faites en collaboration avec des auteurs de l'époque, avait dans le principe essayé de composer une tragédie, les Amours de Vénus et d'Adonis, mais il crut prudent, et eut raison, de borner là ses rapports avec la muse tragique; en effet, dans cette rapsodie héroïco-comico, Vénus est une vraie Messaline, Adonis un fat, Mars un bravache ridicule qui se laisse jouer par un faible rival. Le langage du dieu des combats est celui d'un soldat aux gardes, bourrant sa maîtresse à la cantine du régiment.

Voici maintenant Boulanger de Chalussay, dont le bagage dramatique est mince et médiocre, car il ne se compose que de deux pièces, l'Abjuration du Marquisat, comédie en prose, qui ne fut pas imprimée, qu'on reproduisit en 1670, et qui, ayant été trouvée mauvaise par Molière, attira sur ce dernier les vengeances de son auteur, lequel fit paraître Elomire (anagramme de Molière) hypocondre. Cette mauvaise comédie, en cinq actes et en vers, intitulée aussi les Médecins Vengés, ne fit rire que Molière.

Nous avons déjà longuement parlé de Boursault, auteur de tragédies et de comédies pleines d'intérêt. Son nom se rattache de plusieurs façons au siècle littéraire du Grand Roi, et il revient souvent sous la plume du critique Despréaux et de Molière. On montra souvent contre cet écrivain un acharnement que ses productions étaient loin de mériter, car elles ont de la valeur. Boursault est un des bons auteurs de second ordre, et un certain nombre de ses comédies, entre autres: Ésope à la cour; les fables d'Ésope et le Mercure Galant, sont restées longtemps à la scène et peuvent encore être lues avec plaisir[5].