La trace blonde de ses pas
Se perd parmi les grilles closes…
Je ne sais pas, je ne sais pas!
Ce sont d'impénétrables choses.

Pensivement, d'un geste lent,
En longue robe, en robe à queue,
Sur le soleil au rouet blanc
À filer de la laine bleue;

À sourire à son rêve encor
Avec ses yeux de fiancée,
À tresser des feuillages d'or
Parmi les lys de sa pensée[75].

Après les Entrevisions, Van Lerberghe commença de visiter le monde. Les années vécues hors de Belgique développèrent chez lui l'amour de la vie d'abord, puis d'un lyrisme plus large, plus ample; il conçut ce poème assez long pour former tout un livre, La Chanson d'Ève.

Bien des fragments de la Chanson d'Ève furent écrits à Florence. Quelques impressions du poète éclaireront l'influence sur lui de l'atmosphère florentine:

… La belle époque que celle de notre séjour, à Mockel et à moi, à
Florence! Ce furent des jours inoubliables pour nous.

Nous vécûmes là tout le bel été de 1901, après avoir vécu ensemble
à Rome, tout le printemps précédent.

C'était dans le vieux manoir de Torre del Gallo, sur la colline d'Arcetri qui domine tout Florence. Il y avait un jardin magnifique, une sorte de Paradis terrestre tout hanté, en plus, de beaux fantômes, et de ces souvenirs de la Renaissance dont l'air même est saturé, à Florence. C'est là que nous écrivions l'après-midi et le soir d'ordinaire, après nous être pénétrés, le matin, dans les musées et les églises, de pure beauté[76].

* * * * *

Ce décor enchanteur inspira à Van Lerberghe une œuvre d'une pure beauté, elle aussi: