Comment nous en tirerons-nous? [Note: Thomas Lindet à Robert Lindet, 22 juin 1791.]

Le même député montrait un peu plus tard toutes les difficultés qu'offrait chacune des solutions possibles et critiquait âprement celle qui fut finalement adoptée: le rétablissement de Louis XVI.

Nous sommes dans une position fâcheuse. La très petite minorité [de l'Assemblée] pense que le contrat social est rompu par le parjure; la petite minorité ne peut gagner l'organisation provisoire d'un conseil exécutif; tout ce qui a l'air d'approcher de cette idée met en rage ceux qui veulent une idole.

On veut un roi; il faut prendre un imbécile, un automate, un fourbe, un parjure, que le peuple méprisera, qu'on insultera, qui conspirera, et contre lequel il est à craindre qu'on ne se porte à des violences, au nom duquel on entreprendra chaque jour de nouvelles tentatives, sous le nom duquel des fripons régneront; ou bien il faut subir une minorité de 12 ans, [Note: Le dauphin avait six ans. Sa majorité était fixée à 18 ans.]— querelles pour la régence, avoir un roi détrôné, trois contendants à la régence, [Note: Ces trois prétendants étaient le duc d'Orléans et les deux frères du roi, Artois et Provence.] aucun n'ayant, ni la capacité ni l'opinion publique,—ou bien il faut laisser le roi en curatelle perpétuelle, lui donner un conseil électif. Ce mot fait peur, je ne sais pas comment se tirera l'Assemblée d'un aussi mauvais pas, qui compromet le sort de la France pour longtemps. Les trois entrées du roi dans Paris [Note: Ces trois entrées étaient celles du 17 juillet 1789, du 6 octobre 1789 et du 25 juin 1791.] sont des leçons perdues; il ne les comprend pas. Il croit que ce sont des triomphes; il se plaint de ce que l'on a empêché l'affection du peuple d'éclater et de lui donner des témoignages d'allégresse.

Qu'espère-t-on d'un chef aussi avili? Il est difficile de se promettre la paix et le calme d'ici à longtemps. [Note: Thomas Lindet à Robert Lindet, 14 juillet 1791.]

LES GRANDS CLUBS

L'agitation pour le détrônement de Louis XVI fut conduite en première ligne par le Club des Cordeliers et par le Cercle social. Les Jacobins, d'abord partagés, se laissèrent gagner finalement par le mouvement, mais ce fut au prix d'une scission. Leurs éléments modérés se réunirent au couvent des Feuillants à la veille du massacre du Champ-de-Mars. Les lignes qui suivent essaient de fixer les différences qui caractérisaient chacun des trois grands clubs démocratiques.

Les Jacobins sont à l'origine une réunion des députés qui se concertent pour préparer les votes de l'Assemblée et pour assurer ensuite leur exécution. Même quand ils s'ouvrent aux simples particuliers, l'élément parlementaire continue d'y prédominer. Les cotisations élevées exigées à l'entrée en éloignent les petits bourgeois. Par le réseau de leurs sociétés affiliées comme par la qualité de leurs membres dirigeants, ils répandent leur influence sur toute la France.

LE MASSACRE DU CHAMP-DE-MARS

Les Jacobins doivent à leur recrutement d'être un club parlementaire et bourgeois et à leur organisation d'être un club national.