—Je n'ai pas la mine d'un de ces idiots qui tournent autour de vous au Molière-Palace... répliquait Sulfatin; mais pas tant de raisons... Vous allez me dire tout de suite qui était ce monsieur qui vient de filer? Je veux le savoir!

—Je vous dis que j'en ai assez de vos scènes incessantes! J'en ai assez, enfin, de votre surveillance par Télé ou par phonographe! Savez-vous que vous m'insultez avec toutes vos machines qui notent mes faits et gestes; je ne veux plus supporter ces façons! On rit de moi au théâtre!

—Je ne ris pas, moi!

—Je ne puis faire un pas chez moi, recevoir quelqu'un, causer avec des amis, sans que des appareils subrepticement braqués sur moi ne me photographient, ne phonoclichent mes faits et gestes... et alors, quand vous avez vos clichés, quand vos phonographes répètent ce qui s'est dit ici, ce sont des bouderies ou des scènes à n'en plus finir! J'en ai assez!...

—Encore une fois, qui était ce monsieur?

—C'était mon pédicure!... mon bottier!... mon notaire!... mon oncle!... mon grand-père!... mon neveu!... mon coiffeur!... s'écria la dame avec volubilité.

—Ne vous moquez pas de moi... Voyons, je vous en supplie, Sylvia, ma chère Sylvia! rappelez-vous...»

M. Philox Lorris, avançant doucement, aperçut alors Sulfatin: il était seul, criant et gesticulant devant la grande plaque du Télé, dans laquelle on distinguait une dame paraissant non moins émue que lui, une forte et plantureuse brune dans laquelle le savant reconnut l'étoile du Molière-Palace, Sylvia, la tragédienne-médium, qu'il avait vue quelquefois dans ses grands rôles des classiques arrangés.

«Eh bien! eh bien! se dit M. Philox Lorris, c'est donc vrai ce qu'on m'a dit. Sulfatin se dérange! Qui l'eût dit! Qui l'eût cru!»

Mais Sulfatin faiblissait maintenant, sa voix s'adoucissait; plus de colère dans ses paroles, seulement un accent de reproche.