—Il y a donc encore du danger?

—Non, mais cette bourrasque électrique a jeté partout un tel désordre qu'il peut s'ensuivre quelques petits accidents consécutifs: fils avariés, poches ou dépôts d'électricité laissés par la tournade sur quelques points, se vidant tout à coup, etc... La prudence est indispensable pendant une heure ou deux encore...

—Je cours chercher mes isolatrices!» s'écria la jeune fille.

La jeune fille revint, au bout de deux minutes, chaussée de ses pantoufles protectrices par-dessus ses petits souliers. Son premier regard, en rentrant dans sa chambre, fut pour la plaque du Télé; elle parut surprise d'y revoir encore Georges Lorris.

«Mademoiselle, dit celui-ci, qui comprit son étonnement, je dois vous prévenir que la tournade a quelque peu embrouillé les Télés; au poste central, pendant que l'on recherche les fuites, qu'on rétablit les fils perdus, on a donné à tous les appareils, pendant les travaux, une communication quelconque; ce ne sera pas bien long, tranquillisez-vous... Permettez-moi de me présenter: Georges Lorris, de Paris..., ingénieur comme tout le monde...

—Estelle Lacombe, de Lauterbrunnen-Station (Suisse), ingénieure aussi, ou du moins presque, car mon père, inspecteur des Phares alpins, me destine à entrer dans son administration...

—Je suis heureux, mademoiselle, de cette communication de hasard qui m'a permis au moins de vous rassurer un peu, car vous avez eu grand'peur, n'est-ce pas?

LE PHARE DE LAUTERBRUNNEN.

—Oh oui! Je suis seule à la maison, avec Grettly, notre bonne, encore plus peureuse que moi... Elle est depuis deux heures dans un coin de la cuisine, la tête sous un châle, et ne veut pas bouger... Mon père est en tournée d'inspection et ma mère est partie par le tube de midi quinze pour quelques achats à Paris... Pourvu, mon Dieu, qu'il ne leur soit pas arrivé d'accident! Ma mère devait rentrer à cinq heures dix-sept, et il est déjà sept heures trente-cinq...