Les fantaisies de l'atmosphère, si nuisibles ou si désastreuses parfois, l'homme ne les subit plus comme une fatalité contre laquelle aucune lutte n'est possible. L'homme n'est plus l'humble insecte, timide, effaré, sans défense devant le déchaînement des forces brutales de la Nature, courbant la tête sous le joug et supportant tristement aussi bien l'horreur régulière des interminables hivers que les bouleversements tempêtueux et les cyclones.
Les rôles sont renversés, c'est à la Nature domptée aujourd'hui de se plier sous la volonté réfléchie de l'homme, qui sait modifier à sa guise, suivant les nécessités, l'éternel roulement des saisons et, selon les besoins divers des contrées, donner à chaque région ce qu'elle demande, la portion de chaleur qu'il lui faut, la part de fraîcheur après laquelle elle soupire ou les ondées rafraîchissantes réclamées par un sol trop desséché! L'homme ne veut plus grelotter sans nécessité ou cuire dans son jus inutilement.
L'homme a régularisé aussi les saisons et les a mieux distribuées. Il a capté les pluies au moyen d'appareils électriques et recueilli pour ainsi dire à la main les nuages chargés d'humidité, les ondées menaçantes qui s'en allaient ici ruiner les moissons,—pour les conduire là-bas vers des contrées où la terre calcinée, où l'agriculture altérée imploraient ces pluies comme un bienfait.
Cette merveilleuse conquête de la science moderne, vieille à peine d'une quinzaine d'années en 1953, a déjà sur bien des points changé la face du globe; elle a rendu à la vie des zones devenues presque inhabitables, des déserts de roches effritées ou de sables arides, sur lesquels la créature végétait misérablement entre la soif et la faim.
Allez voir renaître la vieille Nubie ou les steppes brûlants de la Perse, semés de débris qui furent des capitales de nations éteintes. Les mamelles naguère desséchées de l'Asie, vénérable mère des peuples, redonnent du lait aux fils de l'homme!
C'est la conquête définitive de l'Électricité, du moteur mystérieux des mondes qui a permis à l'homme de changer ce qui paraissait immuable, de toucher à l'antique ordre des choses, de reprendre en sous-œuvre la Création, de modifier ce que l'on croyait devoir rester éternellement en dehors et au-dessus de la Main humaine!
L'Électricité, c'est la Grande Esclave. Respiration de l'univers, fluide courant à travers les veines de la Terre, ou errant dans les espaces en fulgurants zigzags rayant les immensités de l'éther, l'Électricité a été saisie, enchaînée et domptée.
C'est elle maintenant qui fait ce que lui ordonne l'homme, naguère terrifié devant les manifestations de sa puissance incompréhensible; c'est elle qui va, humble et soumise, où il lui commande d'aller; c'est elle qui travaille et qui peine pour lui.
Elle est l'inépuisable foyer, elle est la lumière et la force; sa puissance captive est employée à faire marcher aussi bien l'énorme accumulation de machines colosses de nos millions d'usines, que les plus délicats et subtils mécanismes. Elle porte instantanément la voix d'un bout du monde à l'autre, elle supprime les limites de la vision, elle véhicule dans l'atmosphère l'homme, son maître, la lourde créature, jadis ridiculement attachée au sol comme un insecte incomplet.