Vers le quinzième jour, Sulfatin changea tout à coup: il parut moins gai, presque inquiet. Sous prétexte que l'on commençait à s'ennuyer à Kernoël dans un paysage trop connu, il proposa de partir vers Ploudescan, à l'autre extrémité du Parc national. Georges, pour le satisfaire, y consentit volontiers. On quitta donc Kernoël. Empilés dans un mauvais omnibus, secoués sur des chemins rocailleux, entretenus avec négligence, les voyageurs durent faire quinze longues lieues.

C'était une autre Bretagne, une Bretagne plus rude et plus sévère qui se révélait à eux, avec ses landes mélancoliques malgré la parure des genêts, avec ses horizons aux lignes austères, ses sites rocailleux et ses falaises chauves.

Ploudescan était bien loin de posséder les agréments de Kernoël. C'était un simple village aux rudes maisons de granit, couvertes en chaume, au bord de la mer sur des roches sombres, dans un paysage d'une grandiose austérité. Il s'y trouvait seulement une auberge passable, fréquentée par les photo-peintres qui viennent braquer chaque été leurs appareils sur les rochers et récifs de la tempétueuse baie de Ploudescan, et nous donnent ainsi, en groupant avec art les habitants de Ploudescan, leurs modèles, dans des scènes ingénieusement trouvées, sur des fonds appropriés, les magnifiques photo-tableaux que nous admirons aux différents Salons.

Georges et Estelle entreprirent, à Ploudescan, une série de petites promenades. Sulfatin ne les accompagnait pas toujours, il était de plus en plus préoccupé, il s'absentait maintenant assez souvent et laissait son malade aux soins de Grettly.

Où allait-il pendant ces absences mystérieuses?

LA CUISINE DU GRAND SAINT-YVES.

Nous allons le dire et révéler, quoiqu'il nous en coûte, les faiblesses de Sulfatin, cet homme si remarquable d'ailleurs et que nous pouvions croire d'un modèle nouveau. Ploudescan est situé sur la limite du Parc national; à trois quarts de lieue se trouve Kerloch, station de Tubes, pourvu de toutes les facilités que nous assure la science moderne. Tous les jours, Sulfatin s'en allait à Kerloch et accaparait, pour une heure ou deux, l'un des Télés de la station.