Cependant Philox Lorris, se reposant entièrement sur le traître Sulfatin, s'était replongé dans ses travaux et n'avait pas même songé un instant aux fiancés, pendant une dizaine de jours. Lorsque enfin, dans un intervalle de ses travaux, le souvenir lui en revint, il se rappela soudain la lettre reçue quelques jours auparavant.
Il avait si peu l'habitude de ce mode arriéré de correspondance, que cette lettre, jetée dans un coin, était restée oubliée. Il eut même beaucoup de peine à la retrouver. Quand il vit que Georges avait changé l'itinéraire et que, tout en promettant de faire un petit tour aux volcans artificiels d'Auvergne en revenant, il avait préféré s'en aller perdre son temps dans des promenades sans but et sans utilité en Bretagne, M. Philox Lorris fut très en colère et, tout de suite, il demanda des éclaircissements à Sulfatin. La réponse par phonogramme arriva bientôt. L'hypocrite Sulfatin rejetait toute la faute sur Georges, qui s'obstinait à repousser ses avis et ses bons conseils.
Philox patienta un peu, puis il adressa à Sulfatin un phonogramme débitant ces simples mots:
«Et cette brouille, où en sommes-nous? Ça ne va pas assez vite!»
Sulfatin répondit par le cliché d'une conversation de Georges et d'Estelle, recueillie par un petit phonographe qu'il avait adroitement dissimulé sous le feuillage en laissant les deux jeunes gens en tête à tête sous la tonnelle de l'auberge.
Cette conversation montrait suffisamment à Philox Lorris que la brouille attendue était encore bien loin, si elle devait jamais venir!
«Oh! cet ancêtre qui reparaît toujours! se dit Philox Lorris. Que faire? Puisque Sulfatin n'y suffit pas, il faut que je m'en mêle et que je tâche de les gêner un peu!...»
Philox Lorris, ayant beaucoup de choses à faire, allait très vite en besogne et sans barguigner dans tout ce qu'il entreprenait, et Georges s'en aperçut bientôt.
Un matin, comme il était en train de préparer une promenade avec partie de pêche dans les roches pour l'après-déjeuner, il reçut, par un exprès venu de Kerloch, un petit paquet et un fort colis. Le petit paquet contenait deux phonogrammes, l'un portant l'estampille Philox Lorris et l'autre le cachet du ministère de la Guerre.
Aussitôt portés au phonographe, voici ce que dirent les clichés: