Georges Lorris en uniforme.

Fadaises que tout cela! Ces luttes, ces querelles sanglantes que vous flétrissiez si vigoureusement, c'était tout de même la manifestation d'un confus idéalisme régnant sur les cerveaux; les plus enragés guerroyeurs ne parlant que de droit, toujours on croyait ou l'on prétendait combattre pour le droit ou la liberté ou même la fraternité des peuples, en ce temps-là! Aujourd'hui, c'est le règne du Réalisme dominateur! Nous faisons la guerre autant et même plus qu'autrefois, non point pour des idées creuses ou des rêveries, mais, au contraire, en vue de quelque avantage sérieux et palpable, de quelque profit important.

L'industrie d'une nation périclite-t-elle parce qu'une autre nation voisine ou éloignée possède les moyens fournis par la nature ou l'industrie de produire à meilleur compte? Une guerre va décider à qui doit rester le marché, par la destruction des centres industriels du vaincu ou par quelque bon traité imposé à coups de torpilles.

Notre commerce a-t-il besoin de débouchés pour le trop-plein de ses produits? Bellone, avec ses puissants engins, se chargera d'en ouvrir. Les traités de commerce ainsi imposés ne durent pas longtemps, soit; mais, en attendant, ils font la richesse d'une génération, et, quand ceux-ci seront déchirés, nous trouverons bien d'autres occasions!

Lors du triomphe de la Science et de la grande mise en exploitation industrielle des continents, certaines nations n'ont pu supporter les frais d'établissement et se sont trop fortement obérées. Les nations débitrices se moquèrent d'abord très gentiment de leurs créanciers ruinés; mais les créances existent toujours, elles sont tombées, par rachat des titres, entre bonnes mains, entre les puissantes tenailles de nations qui savent se faire payer manu militari, ou, ce qui est encore plus malin, par une saisie de tous les revenus de l'État en faillite, et convertir les royaumes obérés en bonnes fermes productives.

Ainsi va désormais le monde, aussi bien en cette vieille Europe, dont la division territoriale change assez souvent, que dans l'Amérique, subdivisée en un certain nombre de coupures plutôt qu'en nations, où les changements sont encore moins rares, ou que dans l'Asie, plus compacte, envahie par l'âpre et prolifique race chinoise.

DÉFILÉ DU 8e CHIMISTES.

Ainsi donc, dans notre civilisation ultra-scientifique, toujours environnée de périls latents, une nation doit, suivant le vieil adage, plus vrai encore que jadis, rester toujours sur le pied de guerre pour avoir la paix et se garder sévèrement, à terre, sur mer et dans l'atmosphère.