Nous n'avons pas l'intention de suivre pas à pas ces manœuvres si intéressantes; Georges Lorris, qui avait eu l'idée du bouclier de fumée, fut très chaudement félicité le lendemain par le général, puis, comme sa batterie avait soutenu presque tout l'effort du combat pendant un jour et une nuit, et qu'un certain nombre d'hommes, n'ayant pas eu le temps de renouveler leur provision d'oxygène, étaient indisposés par suite de la manipulation des produits, elle fut, pendant tout le reste des opérations, mise en réserve, ce qui permit à Georges de consacrer un peu plus de temps à sa fiancée.

L'escadre aérienne, après avoir attaqué et dispersé au-dessus de Rennes les aéronefs ennemies, revenait avec des aéronefs prisonnières, apportant son concours aux forces terriennes. Le corps de défense, grâce aux savantes combinaisons du général, reconquit vite le terrain perdu et, dès le troisième jour des manœuvres, la situation de l'ennemi devint assez critique. Toutes les journées étaient employées en combats ou en conférences par le général lui-même ou par quelques ingénieurs de l'état-major. Parfois, au milieu d'une bataille, lorsqu'une circonstance se présentait qui pouvait servir à l'instruction des officiers, un signal arrêtait brusquement les deux armées, les clouant sur leurs positions respectives, et, de chaque côté, les officiers réunis écoutaient la conférence du général, émettaient des opinions ou proposaient des plans. Puis, sur un signal, l'action reprenait au point où on l'avait arrêtée.

LE CORPS MÉDICAL OFFENSIF.

Bientôt, l'armée ennemie, malgré ses efforts, se vit rejetée dans un canton montagneux et acculée à la mer. Une partie de son escadre aérienne avait été faite prisonnière, le reste tenta vainement d'enlever une partie du corps menacé, pour le porter nuitamment sur une meilleure position; mais les aéronefs veillaient, leurs jets de lumière électrique fouillant le ciel firent découvrir la tentative.

L'heure suprême avait sonné. Après un travail de toute une nuit pour le placement des batteries, à l'aube du sixième jour les chimistes et le corps médical offensif couvrirent la région occupée par l'ennemi de boîtes à fumée et d'obus à miasmes. L'ennemi riposta aussi vigoureusement qu'il put; mais ses boîtes, sur le périmètre très étendu de l'attaque, ne produisaient pas grand effet; il fut bientôt évident que, dans une action véritable, l'ennemi, noyé dans les gaz asphyxiants des chimistes et sous les vapeurs délétères à effet rapide du corps médical offensif, eût été bien vite et définitivement mis hors de combat. Les deux corps d'armée, attaque et défense, réunis le soir du septième jour à Châteaulin, furent passés en revue par les généraux, sous les flots de lumière électrique, félicités pour leurs belles opérations, et les réservistes, immédiatement congédiés, regagnèrent leurs foyers.

LE CORPS MÉDICAL OFFENSIF ENTRE EN SCÈNE.

Seuls restèrent les officiers ayant à passer des examens pour l'obtention d'un grade supérieur ou à soutenir des thèses pour le doctorat ès sciences militaires. Le général se montra charmant pour Georges Lorris.

«Capitaine, lui dit-il, je serais heureux de vous proposer pour le grade de commandant, mais il vous faut le doctorat auparavant; donc, si vos occupations au laboratoire de monsieur votre père vous en laissent le temps, travaillez, piochez ferme et, aux examens de printemps, vous pourrez vous présenter avec toutes les chances...