Notre haute civilisation scientifique, l'excès du machinisme, l'industrialisme écrasant l'homme sous l'engin ou changeant cet homme, non pas en machine même, mais en simple fragment de rouage de machine, ont donc, en définitive, abouti à ramener le monde en arrière et à créer au-dessus des masses travailleuses une nouvelle féodalité, aussi puissante, aussi orgueilleuse et aussi rude en sa domination que l'ancienne, si ce n'est plus!

Serfs des enfers industriels rivés aux plus dures besognes, petits employés cloués à leur pupitre, petits ingénieurs, rouages un peu plus fins de la grande machine, petits commerçants, laminés et broyés par les gigantesques syndicats, paysans cultivant, suivant les nouvelles méthodes scientifiques, la terre des nouveaux seigneurs, dites-nous si le sort des manants du Moyen âge, des siècles où l'on avait au moins le temps de respirer, était plus rude que le vôtre?

Certes, la main humaine, même recouverte du gantelet de fer des hauts barons, le poing de la féodalité de fer était moins lourd que le marteau-pilon d'aujourd'hui, symbole écrasant de la nouvelle féodalité de l'or!...

Le petit hôtel acheté par M. Philox Lorris, à l'un de ces potentats de la finance et de l'industrie, avoisiné par d'autres hôtels d'un luxe babylonien, résidences urbaines appartenant à de non moins notables seigneurs, allait donc être transformé complètement pour le fils du grand ingénieur; toutes les innovations, toutes les applications de la science moderne devaient y faire régner un confort scientifique absolument digne du siècle éclairé où nous avons le bonheur de vivre et du grand Philox Lorris lui-même.

FORÊTS D'APPARTEMENT.

Il y avait naturellement très peu de jardins, un simple cadre de verdure, sertissant les différents bâtiments,—l'espace est si mesuré à Paris!—mais on s'était rattrapé sur les terrasses, les petites plates-formes et les balcons suspendus, transformés en véritables forêts, en forêts vues par le gros bout de la lorgnette, avec des arbres nains japonais suivant la mode actuelle.

LE SOL DE PARIS.

Il n'y a pas que Paris qui soit étroit et resserré, on se sent tellement pressé aujourd'hui sur notre globe archi-plein, dans le coude à coude des continents bondés, qu'il faut tâcher de gagner un peu de place, de toutes les façons possibles, par d'ingénieux subterfuges.