—Si j'en suis certain!... Attendez! Sulfatin, qu'on fasse venir votre malade La Héronnière. C'est sur lui que nous avons expérimenté... Vous avez tous connu Adrien La Héronnière, notre très éminent concitoyen, arrivé au dernier degré de l'anémie physique et morale, tellement archi-usé qu'aucun médecin ne voulait l'entreprendre, malgré l'énormité des primes proposées, en raison de l'indemnité payable en cas de non-réussite... Mon collaborateur Sulfatin l'a entrepris, et vous allez voir ce qu'il a fait en dix-huit mois de ce valétudinaire à bout de souffle... M. La Héronnière est en bon état de réparation; avant peu, il sera comme neuf!...
—Très bien, mais c'est que nous avons à compter avec l'opposition dans les Chambres, dit un des hommes politiques, et la création d'un nouveau monopole soulèvera peut-être de fortes objections...
—Allons donc! Avec un exposé des motifs bien fait: état morbide de la nation bien démontré, l'ennemi signalé; l'anémie et la déchéance physique qu'elle entraîne, la terrible anémie s'abattant sur un organisme déjà envahi par cent variétés de microbes divers... Puis chant de victoire, le remède est trouvé, c'est le grand médicament national de l'illustre savant et philanthrope Philox Lorris! Le grand médicament national foudroie tous les bacilles, vibrions et bactéries, il terrasse la terrible anémie, il relève le tempérament national, rétablit les fonctions de tous les organismes fêlés, combat victorieusement l'atrophie musculaire, la sénilité prématurée, etc.. Et le monopole est voté à quatre cents voix de majorité. Et nous avons, en même temps que le profit matériel, la gloire et la joie de rendre réellement force et santé à l'homme moderne, si horriblement surmené!!!»
COMMENT ON SE REPRÉSENTE Mme LORRIS EN SON CABINET DE TRAVAIL.
III
Estelle Lacombe assiste à une dispute conjugale.—Bienfaits de la science appliquée aux scènes de ménage.—Autres beautés du phonographe.—La petite surprise de Sulfatin.
Estelle, qui passait toutes ses journées dans la maison Philox Lorris, ne voyait pas souvent Mme Lorris, occupée sans doute à son fameux livre de haute philosophie. Elle était au courant de la situation du ménage et savait qu'il y avait toujours eu, presque depuis leur mariage, divergence d'idées entre Mme Lorris et le savant à l'esprit impérieux et systématique. On voyait rarement ensemble M. et Mme Lorris, même à la salle à manger, l'illustre inventeur oubliant facilement l'heure des repas au milieu de ses immenses occupations.