Son bâton ferré s'abattit.

Les routiers en désordre étaient tombés sur leur camarade; ils avaient hésité un instant avant de se lancer à la poursuite de l'ombre qu'ils avaient à peine entrevue.

—Allons donc! allons donc! cria le chef, laissez là l'imbécile qui s'est fait assommer et attrapons l'homme... Camarades nous étions épiés, l'homme a certainement entendu, il nous le faut ou tout est manqué... Hardi, compagnons, du jarret! nous le tenons!

Les routiers sortaient de la grange.

Jehan fonçait à travers le taillis comme une trombe, le bois par malheur n'était pas profond et de l'autre côté c'était la plaine découverte en pleine lumière, sous un ruissellement d'étoiles, dans la nuit claire et froide. Mais il avait une avance de plus de deux cents pas et une fois sous les arbres, invisible aux poursuivants, Jehan pointa sans hésiter vers la gauche, suivit le bois dans sa plus grande longueur pendant que les routiers perdaient quelques minutes en hésitations.

—Par ici! par ici! cria le chef, je l'ai entendu! Éparpillez-vous à dix pas les uns des autres, faites silence et gagnez vivement le bout du bois.

Par bonheur, au bout du bois, Jehan rencontra un terrain en partie défriché, encore rempli de broussailles, avec de grosses souches çà et là, et des troncs abattus. Plus loin, le sol s'escarpait, formant une ligne de collines ondulées. Courbé, sautant de buisson en buisson, presque à quatre pattes parfois, évitant les points éclairés, Jehan atteignit le haut de la colline. Il était temps, les routiers sortaient du bois. Il les vit après un court conciliabule gravir la pente en sondant chaque trou, chaque repli broussailleux.

—Bons chiens de chasse, se dit Jehan après avoir soufflé une minute, mais vous ne tenez pas encore votre gibier, détalons vite! Heureusement ma mère m'a donné de bonnes jambes...