—Mais quoi?

—Mais il vient de passer tout à l'heure, là-bas, à l'entrée du bois, quatre ou cinq gaillards à mines d'écorcheurs... Entre te sécher ici, il vaut mieux que tu ne les rencontres pas!

—Merci, dit Jehan, je n'ai pas le temps... Ce sont mes brigands qui courent à leur embuscade, pensa-t-il, raison de plus pour me dépêcher, je marchais, il faut que je coure!

—Il a froid et faim aussi, peut-être, dit la bonne femme, prends au moins ce morceau de pain, mon garçon, il est de la quinzaine passée, mais tu as de quoi mordre!

Jehan attrapa le morceau de pain au vol et reprit sa course en expédiant le pain à grands coups de dents.

Enfin Jehan atteignit un chemin qu'il reconnut. C'était bien la route de Senlis. Là devait passer Bonvarlet pour s'en aller vers les routiers qui le guettaient.

La route, aussi loin que le regard pouvait la suivre, était déserte. Pas une âme, pas une charrette. Chacun devait se rencogner chez soi et ne se risquer dehors que pour des raisons sérieuses, par ce mauvais temps, avec la crainte des gens de guerre courant les champs.

—Où vas-tu donc, pauvre garçon?

Un monticule couvert de bois dominant des deux côtés une longue partie de la route, parut à Jehan exténué un bon poste pour attendre Bonvarlet. Il trouva dans les branches d'un chêne une place point trop mouillée et assez commode pour surveiller la route.