—Je vous l'ai dit! Impossible, on me guettait aux abords, j'ai eu peine à échapper...
—Alors, fit Rongemaille se promenant de long en large, alors personne ne vous sait à Compiègne.
—Personne...
—Mettez-vous à l'aise, vous êtes fatigué!
—Je ne le serai plus quand j'aurai vu le gouverneur et embrassé mon enfant.
—Mais asseyez-vous donc, cria Rongemaille en prenant Bonvarlet par les épaules et en palpant ses vêtements, vous avez l'or... Oui, l'or est là, je le sens... Et personne ne vous a vu entrer ici, personne?
Les yeux de l'usurier luisaient étrangement et ses mains s'appuyaient violemment sur Bonvarlet.
—Allons chez le gouverneur, dit Bonvarlet, si vous n'êtes pas prêt, j'y vais seul.
—Jamais!... Seul, avec cet or? imprudent!... ah! ah! les routiers le guettaient, cet or... je vous accompagne, avec cette dague, une bonne dague qui a le fil... Attends! mais attends donc! hurla Rongemaille.
Ses doigts qui cherchaient l'or sautèrent soudain à la gorge de Bonvarlet; celui-ci tomba sur la table en jetant la lumière à terre, la main droite de Rongemaille fit voler en l'air le fourreau de la dague, puis la dague elle-même disparut tout entière dans le dos du malheureux Bonvarlet qui ne poussa qu'un faible cri, étouffé au passage par les doigts crispés de l'usurier. Tous deux étaient par terre, la lampe éteinte, éclairés par un rayon de lune, Bonvarlet râlant, l'assassin à genoux sur sa poitrine et fouillant ses vêtements...