Ainsi le rapporte la légende. L'homme c'était Rongemaille le traître, qui, dans la bagarre, à la rentrée des soldats repoussés, a levé, aidé par Longbec et Canteleu, le pont qui laissait Jehanne aux mains de l'ennemi sur le revers du fossé,—Rongemaille le traître, qui, profitant de la nuit, s'était glissé en ville jusqu'à sa maison pour prendre son or, l'or du crime.
Au matin.
Poursuivi, happé par les becs, déchiré par les griffes de pierre, Rongemaille hurlant et gesticulant, semant son or sur les pavés, sauta d'un bond sur le parapet entre deux moulins et se précipita dans la rivière. L'eau sous le choc sembla bouillonner et se referma. La lune se voila d'un nuage, dragons et guivres de pierre disparurent subitement et la figure de l'archange s'effaça.
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Au matin, sur les talus de la bastille défendant le pont, les assiégeants purent voir s'élever deux potences auxquelles furent accrochés les deux routiers complices de Rongemaille, Canteleu et Longbec.
Guillaume de Flavy continua pendant six longs mois à défendre énergiquement la ville confiée à sa garde, plus étroitement serrée et plus rudement attaquée après la prise de Jehanne d'Arc, et il eut le bonheur de la conserver jusqu'au jour où, avec l'aide d'un nouveau corps d'armée de secours, les Compiégnois assiégèrent à leur tour les Anglais dans les bastilles construites devant les murs ébréchés, les prirent d'assaut et forcèrent l'ennemi à décamper.
Jehan des Torgnoles fut de ceux qui bataillèrent avec le plus de cœur et aussi les meilleurs bras, tant sur les remparts attaqués, que dans la sortie dernière, à la délivrance de la ville, superbe occasion pour lui de se laisser aller franchement à son appétit pour les bagarres et les coups. Il en eut tout son compte, c'est-à-dire ce qui eût amplement suffi pour quatre, mais finalement, par bonheur pour la pauvre Guillemette restée sans famille, il se tira de toutes les mêlées sans horions par trop graves.
Redevenu de soldat ymagier, passé homme grave, il reprit avec ardeur le ciseau et le marteau pour se remettre aux sculptures de Saint-Corneille et mener à bonne fin les statues du portail laissées inachevées par son infortuné maître Bonvarlet.