Le colossal Hôtel de ville, avec ses 80 mètres de façade et sa tour haute de 114 mètres, domine superbement toutes ces architectures entassées, d'un mouvement, d'une richesse et d'une variété de lignes extraordinaires et si chaudement colorées. C'est aux premières années du quinzième siècle que Bruxelles, déjà ville florissante, s'offrit ce gigantesque édifice, que pour la glorification des libertés communales, on voulut faire puissant et somptueux, surchargé, hérissé de sculptures, polychromé et même recouvert de feuilles d'or par places, aux fines tourelles et ailleurs.
Commencé en 1402, l'œuvre s'acheva en 1455. L'énorme masse a deux étages de hautes fenêtres sur un rez-de-chaussée précédé d'une galerie d'arcades, des rangées de statues partout où le nu des murs pouvait se montrer, de belles tourelles d'angle montant aux pignons et une galerie crénelée. Le beffroi partage la façade en deux parties inégales, la plus longue est la plus ancienne; il y a quelque différence au premier étage, après la tour, dans l'aile droite commencée en 1444. Elle monte superbe à l'escalade des nuages, cette tour, fine et légère dans la moitié supérieure, polygonale, et soutenue, quand elle a dépassé le grand comble, par de fines tourelles faisant office de contreforts. Tout en haut, sur la pointe, le patron de la ville, un Saint Michel, statue de cuivre doré, ayant 5 mètres de taille, les pieds sur le Mauvais Ange, brandit l'épée et tourne à tous les vents depuis 1445.
Les bâtiments forment un vaste carré autour d'une cour centrale. Ils renferment nombre de belles salles restaurées et décorées, soit en 1718, soit à notre époque. Au point de vue historique, il faut retenir l'ancienne salle des Etats de Brabant, dans laquelle en 1556 l'empereur Charles-Quint vieilli, usé, cassé avant l'âge, prononça son abdication dans une séance mémorable et remit le sceptre à son fils Philippe II. C'est là aussi, que douze ans plus tard, les comtes d'Egmont et de Horn entendirent prononcer leur sentence. L'Hôtel de ville a beaucoup souffert du bombardement de 1695 et toute la partie postérieure de l'édifice dut être reconstruite.
Cette année-là, au cours des grandes guerres soutenues avec des fortunes diverses par Louis XIV, contre les puissances coalisées: Angleterre, Hollande, Espagne, Allemagne, Savoie, une armée de soixante mille hommes, sous le commandement de Villeroy, se présenta devant Bruxelles, pour faire lever, par une énergique diversion, le siège de Namur que défendait Boufflers.
En représailles de tous les bombardements à outrance, avec brûlots et machines infernales, par lesquels les Anglais essayaient de détruire tous les ports français, Le Havre, Saint-Malo, Calais, Granville, Dunkerque, Dieppe, etc., Villeroy déchaîna sur Bruxelles pendant trois jours, du 13 au 15 août 1695, un ouragan de bombes et de boulets rouges. L'incendie, activé par un vent violent, fit de la ville une effroyable fournaise. Seize églises ou chapelles, quatre mille maisons furent réduites en cendres. L'Hôtel de ville flambait, les Maisons des corporations s'écroulaient, ce fut un désastre épouvantable qui n'empêcha pas Namur de tomber aux mains du roi d'Angleterre, et les batailles de continuer.
La prospérité de Bruxelles n'avait fait que grandir sous les princes de la maison de Bourgogne, son commerce s'était développé, ses métiers pouvaient rivaliser avec ceux de Gand et d'Anvers et le règne de l'empereur Charles-Quint avait été pour la ville un temps de splendeur. La Grand'Place, cadre magnifique pour les fêtes et les tournois, devait voir après Charles-Quint de tout autres spectacles.
BRUXELLES. BRETÈCHES DE L'HOTEL RAVENSTEIN, RUE TERARKEN.