Existence agitée, coups de canons nombreux, sièges, assauts, prises et reprises, durant une centaine d'années, de Philippe II à Louis XIV, puis retour à la tranquillité, voilà l'histoire de Gravelines et des agglomérations voisines, presque ses faubourgs, Petit fort Philippe, Grand fort Philippe, à l'embouchure de l'Aa.
Un point surtout est bien dans le caractère de l'époque, figé aux temps de Louis XIII et de Louis XIV. C'est un décor de petite place solitaire: au fond l'église basse, fenêtres gothiques, petite porte Renaissance; à droite, de vieilles casernes réunies par un pont à la nef de l'église, pour que Mgr le Gouverneur pût, sans descendre dans la rue, gagner sa tribune à la messe.
Dans la ville actuelle de Dunkerque, rivale d'Anvers, grand port qui s'agrandit d'année en année, on ne peut guère retrouver grand'chose de la physionomie caractéristique du vieux port de la Flandre française, au temps des frégates du Roi Soleil, du terrible refuge de corsaires d'où, pendant trois siècles, sous les couleurs espagnoles, sous le pavillon fleurdelysé de Louis XIV et de Louis XV, ou sous le drapeau de la République, s'élancèrent tant de hardies escadrilles pour courir sus, à travers la Manche ou la mer du Nord, aux flottes des Hollandais ou des Anglais.
Ce Dunkerque-là est aussi loin que le Duyne-Kerke, Eglise des Dunes, village de pêcheurs des premiers siècles; il a disparu sous les transformations, avec les pittoresques jetées de bois, les estacades d'il y a cinquante ans, et tout le tohu-bohu irrégulier des constructions maritimes de jadis, avec la vieille marine et les frégates et les flûtes et les corvettes à voiles.
Aujourd'hui, ce sont de nombreux et vastes bassins à flot, un avant-port, un arrière-port, des quais s'étendant sur des immensités bordées d'immenses magasins, et des forts, des docks, des écluses communiquant avec les divers canaux de l'intérieur, de larges voies sillonnées de wagons, de tramways, encombrées de la multitude des camions et des fardiers, et toujours des pâtés de hautes bâtisses, par-dessus lesquelles se dressent des mâtures.
Si l'on cherche des traces du vieux Dunkerque, que trouvera-t-on? Sur le port, la vieille tour de Leughenaer, défigurée, enfermée dans les maisons, l'église Saint-Eloi, avec sa grosse tour-beffroi et son carillon, à peine çà et là quelques restes de vieilles maisons et c'est tout.
L'église Saint-Eloi renferme la sépulture de Jean Bart; le héros Dunkerquois, prototype des rudes marins sortis en foule de la cité flamande, des capitaines corsaires de la période héroïque, s'y repose sous les dalles, à côté de sa femme, de ses vingt années de courses glorieuses, pendant les grandes guerres maritimes qui firent d'un simple matelot pêcheur, un chef d'escadre de Louis XIV!