Ce fut la grande journée triomphale des milices communales des Flandres. Le roi de France, Philippe le Bel, venait conquérir le comté de Flandre, qui avait pris parti contre lui dans sa lutte avec l'Angleterre. Réunie au domaine royal, la Flandre eut un gouverneur. Visites royales aux villes annexées, joyeuses entrées, fêtes, la Flandre étonne par sa richesse et le luxe de ses riches commerçants. Mais les taxes et les exactions des garnisons françaises soulèvent les colères et les révoltes. En une nuit, Bruges égorge trois mille hommes, venus, disait-on, avec une provision de cordes achetées à Courtrai pour pendre les principaux bourgeois. Gand et Audenarde avaient fait de même pour les partisans de la France. Courtrai ne demandait qu'à suivre l'exemple, mais la petite troupe de Français en garnison dans son château se défendit furieusement et mit quelque peu le feu à la ville.
Une armée accourut de France, pour ruiner l'orgueil de ces vilains de Flandre. Elle comptait une nombreuse chevalerie sous le commandement de Robert d'Artois et du connétable Raoul de Nesle. Elle rencontra les Flamands sous les murs de Courtrai et engagea une de ces batailles féroces où, de part et d'autre, la haine et la fureur sont telles, que la lutte tourne vite au massacre.
C'était le 13 Juillet 1302. Toutes les milices et les corporations des grandes communes des Flandres étaient là, Pierre de Koninck et Jean Breidel avec quelques milliers de gens des métiers de Bruges, les hommes de Gand, d'Ypres, de Furnes et les soldats amenés par les barons flamands du parti national, en tout, trente mille combattants qui comptaient bien faire de nouveau un terrible usage de leurs fameux Goedendags ou Bonjours, les longs marteaux à pointes de fer qui leur avaient déjà si bien servi.
Les Flamands, pour se couvrir contre les charges de l'innombrable chevalerie bardée de fer, s'étaient rangés au milieu des prairies marécageuses dans la plaine de Groeningue, derrière des abattis d'arbres.
Au moment d'engager le combat, dans les rangs des Flamands, bourgeois et hommes de métiers réunis en masses serrées, des prêtres passèrent avec le viatique et donnèrent une absolution générale. La chevalerie française chargea à fond tout de suite, sans reconnaître le terrain, enfonça sous le choc les premières lignes, mais s'en alla se noyer dans des canaux et des marais recouverts de branchages. Alors la boucherie commença, l'égorgement de tous ces cavaliers enfermés dans leurs bardes de fer et écroulés sous leurs chevaux pantelants dans la boue du marécage.
Les Flamands, frappant comme des bûcherons, ou coupant des gorges comme des bouchers, avaient pour mot d'ordre de n'accorder aucun quartier, de ne recevoir personne à rançon. Six mille nobles gens d'armes périrent et des milliers d'autres combattants. Les Flamands recueillirent les éperons d'or de toute cette chevalerie, puis, dans la joie du triomphe, les mesurèrent au boisseau, pour les distribuer aux villes confédérées. Courtrai eut la grosse part et suspendit ces trophées aux voûtes de son église Notre-Dame.
COURTRAI.—LE BEFFROI ET L'ÉGLISE SAINT-MARTIN.