L'Hôtel de ville de Cambrai n'a rien de flamand, l'hôtel de l'ancien échevinage et le vieux beffroi communal ayant été remplacés au dix-huitième siècle par un vaste édifice classique, refait encore de nos jours avec un plus grand luxe de colonnes gréco-romaines, de balustrades et de vases décoratifs. Au milieu de la façade, quatre colonnes en avant-corps supportent le classique fronton que surmonte un élégant campanile à coupole, sur le côté duquel montent la garde les Jacquemarts célèbres: Martin et son épouse Martine, en costume antique, placés là, dit-on, par l'empereur Charles-Quint, en remplacement des Jacquemarts plus anciens du vieux beffroi.
Quelques parties subsistent de l'ancienne enceinte, c'est d'abord la porte de Paris ou du Saint-Sépulcre, un gros pâté de murailles gothiques complètement isolé et en bon état, à grosses tours par derrière et tourelles vers la ville, puis la porte Notre-Dame, beau morceau dix-septième siècle, de bel aspect avec ses gros bossages en diamants, ses deux étages de colonnes superposées, ses canons de pierre dressés sur le toit, sa statuette de la Vierge dans une niche, mais qu'il aurait fallu voir, comme il y a peu d'années encore, enchâssée dans son rempart au bout du pont jeté sur le fossé. Aujourd'hui, privée de ses accessoires, la porte Notre-Dame ressemble surtout à une maison qui occuperait le milieu de la rue.
Les remparts de briques et pierres du château de Selles, continuent à défendre la ville au nord; le château sert aujourd'hui d'hôpital militaire. La porte de Selles, longue voûte sombre passant sous le château, conduit aux fossés pleins d'eau, à l'Escaut et aux verdures mouillées de la campagne.
PORTE NOTRE-DAME, A CAMBRAI.
A quelques lieues, sur l'Escaut aussi, Valenciennes a bien des caractères communs avec Cambrai. C'est une ville un peu plus importante cependant, avec un passé historique plus chargé, mais qui n'a pas laissé beaucoup plus de traces dans le grand remaniement opéré aux derniers siècles.
La grande place, immense avec un important Hôtel de ville, manque aussi de couleur. Que n'a-t-elle gardé un peu plus de ses vieilles maisons d'autrefois! Il y en a encore deux dans un coin, perdues et comme honteuses, les pauvres belles de jadis, au milieu des façades rectilignes et ennuyeuses. Cependant elles ne manquent pas de charmes, avec leurs étages en encorbellement, leurs pignons ardoisés, leurs consoles sculptées, tandis que l'impitoyable—et pitoyable—goût moderne a rasé soigneusement les façades voisines, et distribué partout les fenêtres à intervalles réguliers.