Ces vieux arbres conduisent au Lac d'Amour, si paisible et si frais, large bassin ombragé, très solitaire, quoique pourtant bien près du cœur de la ville. C'est un tableau délicieux dans son heureuse solitude, ce poétique Lac d'Amour où l'eau n'a pas une ride quand aucun cygne ne s'y aventure, et c'était, paraît-il, le bassin du Commerce au temps de la Bruges commerçante, l'arrivée des canaux de l'intérieur. Des remparts qui le défendaient, il reste toujours debout, comme dominante du tableau et rappel historique, une vieille tour enveloppée de verdure.
Bruges, par des travaux considérables à Zeebrugge, espère redevenir ville maritime et commerçante. Zeebrugge est à une bonne douzaine de kilomètres, il a fallu construire une énorme jetée de deux mille mètres s'avançant en courbe dans la mer, creuser un canal avec bassins, écluses, etc... Heureusement tout le trafic maritime est maintenu au loin et le Lac d'Amour n'a rien à craindre.
BRUGES.—PORTE SAINTE-CROIX.
La tour du lac n'est pas le seul reste des remparts; sur tout le périmètre, immense en réalité, si les murs de pierre ont été remplacés par des ombrages ou par de simples lignes d'arbres bordant le grand canal circulaire formant fossé, il y a encore quelques portes, la porte de Gand, la porte Sainte-Croix, la porte d'Ostende et la porte Maréchale. Elles se ressemblent toutes, c'est la porte classique, entre deux grosses tours rondes mais toujours dans la verdure, dans un encadrement de grands arbres.
La porte Sainte-Croix avait cette particularité, il y a quelques années, d'être accompagnée de deux grands moulins de bois, tournant sur la butte de l'ancien rempart. C'était tout à fait pittoresque, cela faisait tableau avec la porte sur le canal et, sous les moulins, l'antique local de la Guilde de Saint-Sébastien, confrérie des Archers, fondée au quatorzième siècle, l'une des deux Guildes armées ou Serments, l'autre étant la Guilde des Arbalétriers de Saint-Georges. Le bâtiment de briques, un beau pignon décoré, dominé par une très haute tour, date de 1573.