Aux grands siècles, alors qu'elle était la reine du commerce des Flandres, alors que, par cent ou cent cinquante quelquefois à la journée, les vaisseaux arrivaient par le Zwin à ses ports,—galéasses de Venise ou du Levant, vaisseaux de la Hanse d'Allemagne ou de Londres, navires d'Espagne, de Guyenne ou de Bretagne,—toutes les nations commerçantes possédaient des maisons consulaires, des comptoirs innombrables. Quelques-unes de ces maisons, des sortes de Halles, d'une importance considérable, étaient de magnifiques édifices de la plus riche architecture, avec des galeries pour les marchandises, des annexes, des boutiques, ce qui constituait, lors des grandes foires, régulières, de véritables expositions fréquentées par des négociants de toutes les nations.

L'ensablement de Zwin, au quinzième siècle, commença la décadence commerciale de Bruges, que les guerres de la Réforme achevèrent. Les anciennes Loges des Nations inutilisées disparurent, c'est à peine s'il en reste encore çà et là quelques indications comme la Loge des Génois, ou les débris de la Loge des Orientaux, ou la tourelle des négociants de Smyrne, qu'on aperçoit au fond de la place Van Eyck.

BRUGES.—PIGNON PROVENANT DE L'ANCIENNE LOGE AUX GÉNOIS

Çà et là, se présente quelque joli motif à dessin, par exemple la petite bretèche de briques très ornée accrochée à une maison donnant sur le canal, au Pont Flamand, construite par un riche orfèvre en 1514, une jolie rangée de hauts pignons, rue Queue-de-Vache.

Il faut aussi noter deux ponts assez curieux: le Pont des Lions, gardé par deux vieux lions de pierre,—de l'autre côté de la Grande Place,—et le Pont Saint-Jean-Népomucène, avec la statue du Saint, devant de vieux bâtiments dominés par le beffroi...

Sur la Grande Place, à gauche, où jadis était la Halle aux draps, s'élève maintenant, remplaçant des maisons sans caractère du dernier siècle, l'Hôtel du Conseil provincial, belle construction moderne en style gothique, dans laquelle vient d'avoir lieu une Exposition de la Toison d'or, c'est-à-dire de tous les souvenirs, objets d'art, tableaux se rapportant au célèbre ordre de chevalerie, institué à Bruges en 1430, par le duc de Bourgogne Philippe le Bon, de galante mémoire, lors des fêtes de son mariage avec Isabelle de Portugal, fêtes magnifiques où le duc déploya tout le luxe traditionnel de la Cour de Bourgogne, en des tournois extraordinaires, de fastueux banquets, et des chapitres du nouvel ordre, tenus solennellement dans la cathédrale Saint-Donat...