Le monument religieux le plus important de Valenciennes est Notre-Dame du Saint-Cordon, belle et grande église construite de nos jours dans le style du treizième siècle, avec une haute tour à flèche pointant à plus de 80 mètres. On la voit bien surtout du parc arrangé sur l'emplacement des anciens remparts, près de la Tour de la Dodenne.

Son nom lui vient d'un vœu fait par les Valenciennois au onzième siècle, lors d'une peste qui ravagea la ville et emporta sept ou huit mille habitants en très peu de jours. Alors que les habitants désespéraient devant le fléau, un ermite eut une apparition, la Vierge, en compassion des prières des pauvres pestiférés, venait, aidée par une troupe d'anges, entourer les remparts d'un filet protecteur. La peste arrêta ses ravages immédiatement et ne dépassa pas le cordon. En reconnaissance, une procession solennelle eut lieu annuellement et le cordon de la Vierge fut enfermé dans une châsse magnifique en une église dédiée à Notre-Dame.

VALENCIENNES.—MAISON DU PRÉVOST.

Dans les rues, les logis d'autrefois sont rares, le débris le plus pittoresque du vieux Valenciennes est la maison dite du Prévost, à l'angle des rues de Paris et Notre-Dame, vieil hôtel de briques aux murailles écorchées et abîmées; l'encorbellement de l'étage sur faux mâchicoulis en ogive fait très bien, ainsi que le renflement en tourelle renfermant l'escalier, malheureusement les fenêtres ont perdu leurs meneaux et leurs moulures.

Dans le faubourg de Paris, presque aux champs, il est encore une petite maison fort jolie, plus jeune que celle-ci d'un bon siècle: le pignon a trois étages de volutes avec des mascarons grassement sculptés, et une tourelle carrée s'élève en arrière. C'est le type de ces maisons qu'on s'obstine à appeler maisons espagnoles un peu partout dans le Nord. Il est superflu de dire qu'elles n'ont absolument rien d'espagnol et ne ressemblent aucunement aux architectures d'au delà des Pyrénées, seulement elles sont du temps de l'occupation espagnole. De même, en d'autres provinces, en Normandie, en Picardie ou ailleurs, on entend dire de telles églises, ou de tels clochers du quinzième siècle, que ce sont ouvrages des Anglais; les Anglais, pas plus que les Espagnols, n'ont rien bâti en France, où d'ailleurs ils avaient bien d'autres choses à faire et bien d'autres préoccupations.

C'est ici le pays des chroniqueurs, des vieux historiens du Moyen-Age. A Cambrai s'élève la statue d'Enguerrand de Monstrelet, le chroniqueur des luttes entre Armagnacs et Bourguignons, le narrateur exact des fêtes, des tournois et des splendeurs, aussi bien que des guerres et des désolations de la première partie du quinzième siècle. Il avait été bailli du chapitre de Cambrai et ensuite prévôt de la ville. A Valenciennes, c'est encore une autre statue d'historien, celle de Froissart, né à Valenciennes en 1337, le chroniqueur voyageur, toujours en recherche de beaux et brillants gestes de chevalerie, batailles, sièges et chevauchées, de hauts faits et de magnifiques histoires de rois, princes, seigneurs et nobles dames, à raconter, détailler amoureusement et embellir de gracieuses et brillantes enluminures.

Le peintre Watteau, dont la statue se dresse bien près des noires murailles de l'église Saint-Géry, est aussi un évocateur, mais d'un autre temps, d'une folle époque où falbalas et dentelles ont remplacé armures de fers et cottes historiées.