Le petit hennin.

Les manches de ces longs surcots, à traîne en queue de serpent, que les grandes dames pouvaient faire porter par un page, s'allongèrent aussi. Les manches de la robe de dessous descendent jusqu'au poignet, avec un évasement qui recouvre souvent une partie de la main. Par-dessus, les manches du surcot, plus larges, sont ouvertes quelquefois depuis l'épaule et tombent presque jusqu'à terre, parfois fendues du coude au poignet ou pourvues seulement d'une ouverture par laquelle passe l'avant-bras.

Il y a cent modifications différentes aux manches: les manches longues, amples ou serrées, les manches coupées et boutonnées en dessous du haut en bas, les manches échancrées ou renflées au coude, on voit même les manches dites à mitons, dont l'extrémité peut se relever en formant mitaines fermées, et les manches-poches fermées au bout, toutes inventions gracieuses ou commodes après tout.

Il y a enfin les grandes manches en ailes tailladées et découpées en dents de scie, en feuilles de chêne, ou bordées d'une mince ligne de fourrure.

La joaillerie prend une grande importance. Grandes dames ou bourgeoises, toutes les femmes enrichissent leurs costumes de joyaux et de bijoux plus ou moins coûteux: colliers, cercles de tête ornés de pierres précieuses joyaux sur le couvre-chef, gros bijoux en agrafes, ceintures de passementerie et d'orfèvrerie.

A la ceinture est attachée l'aumônière ou escarcelle, de riche étoffe bordée d'or, à fermoir et ornements dorés. Les grandes dames éblouissent, elles étincellent... Les lois somptuaires n'y peuvent rien. Philippe le Bel en 1194 a eu beau décréter et réglementer, interdire aux bourgeoises le vair et l'hermine, les ceintures d'or ornées de perles et de pierreries, il a eu beau arrêter que:

«Nulle damoiselle, si elle n'est chastelaine ou dame de deux mille livres de rente, n'aura qu'une paire de robbes par an, et si elle l'est, en aura deux paires et non plus.»

«De même que les ducs, comtes et barons de six mille livres de rente pourront faire faire quatre paires de robbes par an et non plus, et à leurs femmes autant.....»

Philippe le Bel a eu beau fixer un maximum du prix de l'aune d'étoffe pour les robes, en échelle descendante pour toutes les conditions, depuis vingt-cinq sols tournois l'aune pour les grands barons et leurs femmes, jusqu'à sept sols pour les écuyers, et—ce qui est assez remarquable et montre bien, même en ces temps lointains, la richesse des bourgeois et gros commerçants des Villes,—permettant aux femmes des bourgeois d'aller jusqu'à seize sols l'aune, Philippe le Bel a eu beau tout prévoir et tout réglementer, rien n'y a fait, pas même la menace des amendes. Grandes dames et riches bourgeoises ont bravé les défenses du roi tout aussi bien que les remontrances de messieurs les maris et les admonestations que le clergé se fatiguait de leur adresser à l'église.