C'est le second sauvetage opéré par le vertugadin; peut-être aurait-il à faire valoir bien d'autres actes de service, si l'histoire avait daigné les enregistrer. La crinoline, que nous avons connue, n'a pas de haut fait pareil à son actif. Sa vaste envergure fut aussi utilisée, non pour de si dramatiques évasions, mais seulement par d'ingénieuses fraudeuses, qui se contentaient d'accrocher sous leurs jupes, à ses cerceaux, des objets soumis aux droits.
Sous Henri III.
Le corset n'est plus la simple basquine, assez inoffensive des commencements, le corps piqué qu'endurent, sous prétexte de s'avantager la poitrine, les belles dames de ce temps, c'est un véritable instrument de torture, un moule dur et solide dans lequel il fallait entrer, souffrir et rester, malgré les éclisses de bois qui «entraient dans la chair, mettaient la taille à vif et faisaient chevaucher les côtes les unes par-dessus les autres,» ce sont Montaigne et Ambroise Paré qui le disent, et ce dernier pouvait en savoir quelque chose.
Comme le vertugadin et plus que le vertugadin, le corset passera les siècles, durera à travers toutes les modes, malgré toutes les attaques, malgré les médecins qui l'excommunient avec unanimité, victorieux de tous et de toutes, victorieux contre l'évidence. Les absurdes mignons d'Henri III l'ont bien un moment fait adopter par les hommes!
Les beautés célèbres du temps, Mme de Sauves, la reine Margot, dans leurs atours de cérémonie, avec tous leurs joyaux et pierreries, dans leurs corsages raidis et luisants, couverts de rinceaux d'or, ont l'air de déesses revêtues de cuirasses damasquinées. Ne m'approchez pas, disent les grandes fraises à pointes de ces beautés, qui pourtant ne sont guère inaccessibles.
La Reine Margot.