Ces années de grâce du XVIe siècle sous le sceptre du roi Henri, sont une convalescence après les longues années de fièvre chaude; la France, que la maladie a mise si bas, renaît, le poison qu'elle avait dans les veines est expulsé, tout se répare, se nettoie et s'assainit.
Après les raffinements ridicules et maladifs du règne de Henri III, le costume prend un caractère sans façon, un aspect de bonne et simple franchise, s'il peut y avoir de la franchise dans le costume. C'est cependant presque le même costume, mais simplifié dans les lignes et débarrassé de ce qu'il avait de surabondant et de trop cherché dans les détails.
Les modes sont moins élégantes, certainement, celles des femmes comme celles des hommes; elles ont bien des ridicules aussi, mais ce sont des ridicules naïfs. On est sorti de la prétention excessive, de la grâce raffinée et corrompue; en allant dans la simplicité, on est tombé dans la lourdeur et la gaucherie, pourtant de cette lourdeur inélégante mais saine, se dégagera bientôt la grâce cavalière du costume Louis XIII. Il ne faut cependant pas prendre ce mot simplicité au pied de la lettre: hâtons-nous de dire que cette simplicité n'est que très relative.
Les jours d'apparat, les dames arboraient encore la même quantité de joailleries et de pierreries que par le passé. La reine qui a remplacé Marguerite de Valois après le divorce,—une deuxième alliance Médicis qui ne paraît pas avoir trop réussi au Béarnais, bien payé déjà pour se souvenir de Catherine—la reine de la main droite Marie de Médicis et la reine du côté cœur Gabrielle d'Estrées, duchesse de Verneuil, et les autres belles dames, se montraient «aux fêtes, ballets, mascarades et collations, richement parées et magnifiquement atournées et si fort chargées de pierres et pierreries qu'elles ne pouvaient se remuer».
La reine montra lors d'une grande occasion, une robe, «étoffée de trente-deux mille perles et trois mille diamants,» et à son exemple les grandes dames et les dames de moyenne étoffe dépensaient volontiers plus que leurs revenus, en somptuosités, en habillements de brocart, satins, damas admirables, ramagés et passementés d'or, chargés et surchargés de clinquant et de joailleries diverses.
Voilà une bien étrange simplicité, et pourtant quand on examine tableaux et estampes du temps, ces documents n'en montrent pas moins une grande différence entre les suprêmes raffinements des modes de Henri III et l'élégance un peu mastoque du temps de Henri IV.
Les coiffures sont plus hautes, les têtes se surchargent de cheveux achetés chez le coiffeur, à la couleur à la mode.
Pour un temps les perruques des règnes de Louis XIV et Louis XV apparaissent, mais sur la tête des dames: perruques brunes ou blondes, perruques de simple filasse même, pour celles qui ne pouvaient s'offrir mieux. Et avec les perruques la poudre aussi se montre. C'est plutôt un empois mélangeant la pommade aux poudres les plus diverses, depuis les fines poudres parfumées à la violette et à l'iris, jusqu'à la poudre de chêne pourri, et à la simple farine pour les naïves campagnardes.
Ce temps voit aussi éclore les mouches qui reparaîtront également au XVIIIe siècle, mais ce sont d'abord des mouches larges comme des emplâtres et d'un aspect moins séduisant que les coquettes «assassines» de plus tard.
Les femmes du peuple et de la petite bourgeoisie ont gardé l'ancien chaperon, coiffure modeste, pendant que les femmes de la haute classe, coiffées en cheveux avec perles et bijoux, adoptent pour sortir le chapeau ou la toque à petit bouquet de plumes.