Notre aïeule de l'âge de pierre vêtue de peaux de bêtes trouvait son costume très seyant et souriait un peu de sa grand'mère habillée d'un vertugadin de sauvage. Ses contemporaines, les farouches habitantes des cavernes, pensaient de même.
La plus jolie mode, c'est celle qui s'épanouit aujourd'hui; il n'y a eu pour s'inscrire en faux contre cette formelle allégation de tous les temps, il n'y a eu, à toutes les époques également, que les messieurs d'un certain âge, tout à fait d'un certain âge, les vétérans ayant dépassé la soixantaine. Ceux-ci ont toujours protesté par une autre allégation:
—Les modes d'aujourd'hui sont ridicules, disent-ils en chœur, on ne s'habille plus comme de notre temps! C'est alors,—en 1830,—ou en 1730, en 1630, en 1530, etc., en l'an 30—que les modes étaient gracieuses, seyantes, élégantes, distinguées, charmantes... ah, 1830!—ou 1730, 1630, 1530 ou l'an 30!—Quelle belle époque!
—Il nous la baille belle le chœur des sexagénaires! oui, quelle belle époque! parce que c'était l'heureux temps où ces messieurs étaient jeunes, où le soleil leur semblait plus chaud, n'est-ce pas? le printemps plus verdoyant et les modes plus belles! Mais il n'importe, malgré tout ce que diront les vétérans et ce que nous dirons nous-mêmes plus tard, l'axiome suivant sera toujours proclamé:
—Jamais on ne s'est mieux habillé qu'aujourd'hui!
Mais puisque rien ne passe tout à fait et que dans le cercle que parcourt l'aiguille au cadran de la mode les heures passées peuvent renaître, il suffit peut-être, pour connaître les modes de demain, d'étudier tout simplement celles d'hier.
Fouillons donc ce passé disparu et donnons-nous ce plaisir, qui ne va pas sans quelque mélancolie, d'évoquer les élégances et les beautés d'autrefois, les lointaines élégances ensevelies sous des siècles d'inventions et de nouveautés accumulées, délaissées et oubliées, et les élégances toutes récentes et non moins oubliées des bonnes grand'mamans actuelles, qui, dans leurs songeries au fond de leurs grands fauteuils, sont seules à se revoir en fermant les yeux, brunes ou blondes, pimpantes et légères, dans les atours de leur bel âge... Chères grand'mamans!
Grande toilette. XVe siècle.