Mais dans ce dix-huitième siècle qui va finir si lugubrement, à côté des belles de la cour et de la ville, des dames plus ou moins grandes, car il y a déjà le demi-monde, les danseuses illustres et les courtisanes célèbres, à côté des reines de la mode qui vont à Longchamps accompagnées d'un heiduque à turban pour porter leur parasol, précédées d'un coureur en maillot et bonnet à plume, la grande canne à la main, à côté des élégantes empanachées qui suivent toutes les fantaisies de la capricieuse fée aux chiffons, il y a les adorables petites bourgeoises que l'on retrouve dans les vieux portraits et dans les petits mémoires, charmantes et tendres figures qui ne s'entourent pas, comme les autres, du même nuage de plumes et de dentelles, qui restent dans une note plus discrète, suivant la mode un peu de côté et conservant mieux les vieilles traditions et les vieux atours.

A elles les jolies petites coiffes si différentes des pyramides de cheveux et de colifichets à la Léonard, ces coiffes bien plus seyantes que l'on recouvre, pour sortir, d'un capuchon retenu par un fil de laiton, à elles les robes de coupe plus modeste et les petits paniers moins surchargés que les paniers à falbalas de vingt pieds de circonférence.

Jolies petites bourgeoises qui ont conservé dans un siècle licencieux l'honnêteté des bonnes vieilles mœurs, existences plus calmes se déroulant dans un cercle étroit d'occupations familiales et de plaisirs simples, allant tout doucement du sermon du dimanche à la paroisse,—aux réunions sans façon et aux bonnes parties champêtres.

MERVEILLEUSE EN TUNIQUE A LA GRECQUE.

C'est un monde qui s'en va finir aussi, dans la grande fusion et confusion des classes, au fond de la chaudière révolutionnaire, dans la révolution politique et ensuite dans la révolution industrielle et scientifique, bouleversement énorme qui aboutira pour tous à la vie fiévreuse et haletante de notre siècle.

En attendant, sans se douter des temps difficiles qu'il va falloir passer, sans voir l'effrayant nuage de sang qui monte à l'horizon, la petite bourgeoise gaie et insouciante dans son petit salon blanc, fredonne à son clavecin quelque joli petit air bien tendre, et bien différent de nos compliqués logarithmes musicaux.