Talleyrand a dit qu'ils ne connaissaient pas la douceur de vivre, ceux-là qui n'avaient pas vécu dans la vieille société d'autrefois. En 93, le problème est de vivre, n'importe comment, caché dans un trou de souris, s'il le faut. La Loi sous ce doux règne de Liberté, ordonne que dans chaque maison une pancarte placardée porte les noms et prénoms de tous les habitants et même l'âge, dure contrainte. Que de braves gens qui ont connu des jours heureux et brillants essayent dans quelque rue tranquille, au fond d'un appartement silencieux, d'oublier l'orage qui gronde et le tumulte des rues et les horribles clameurs des clubs et des journaux.
MERVEILLEUSE DU DIRECTOIRE.
Cependant un petit groupe s'obstine à tenir haut et ferme devant les sans-culottes le drapeau de l'élégance; des vaillants et des vaillantes montrent encore au Palais-Royal, sur les boulevards, aux promenades, dans les théâtres qui persistent à jouer, des toilettes élégantes et bravent les citoyens en carmagnole et bonnet rouge, et les mégères tricoteuses de la guillotine, mais à quels risques!
La mode n'ose plus lutter, la pauvrette a caché sa tête sous son aile et regarde éperdument le ciel, espérant toujours quelque éclaircie.
La guillotine fonctionne toujours, s'interrompant seulement de temps à autre pour quelque fête idyllique, fête de l'Être suprême, fête de l'agriculture ou de la vieillesse, avec théories de jeunes filles en blanc, déesses de la Liberté, chœur d'adolescents et de vieillards; pastorales charmantes, spectacles qui émeuvent doucement le cœur du bon Marat et du sensible Robespierre. On a jeté du sable sur le sang, le lendemain le ruisseau rouge recommence à couler. 9 thermidor! Pour les beaux yeux de la citoyenne Thérèse Cabarrus, astre qui va se lever, Tallien a bravé la mort suspendue sur toutes les têtes. Il a jeté bas Robespierre et l'a poussé à son tour dans les bras impassibles de la déesse Guillotine!
Mme Tallien devient Notre-Dame de Thermidor, celle qui sauve par la souveraine puissance de la beauté!