Merveilleuse.
Comme il était impossible d'adapter des poches à ces tuniques si légères, à ces voiles si minces, les dames avaient adopté l'usage de la balantine ou du réticule, nom ancien que l'on prononça tout de suite ridicule—d'un petit sac orné de paillettes ou de broderie, ayant surtout la forme d'une petite sabretache de hussard, qu'elles portaient à la main pour mettre leur bourse ou leur mouchoir.
Le bibliophile Jacob raconte que dans un salon de la Mode sous le Directoire, comme on se pâmait d'admiration devant un de ces costumes d'un goût si réellement antique qu'il n'y avait plus rien au delà, sinon les modes du Paradis terrestre, la merveilleuse qui le portait paria qu'il ne pesait pas deux livres. La preuve fut faite, la dame passa dans un petit boudoir et son costume tout entier, pesé avec les bijoux, ne dépassa pas de beaucoup le poids d'une livre.
Cette dame vêtue à l'athénienne pouvait se croire même très habillée, car d'autres trouvèrent le moyen de l'être encore moins et poussèrent l'audace jusqu'à oser s'exhiber, ce qui est le mot, dans le costume dit à la Sauvagesse. Ce costume à la sauvagesse était encore plus simple puisqu'il ne se composait que d'une chemise de gaze et d'un pantalon-maillot rose orné de cerclés d'or.
Des femmes se promenèrent aux Champs-Elysées dans des fourreaux d'une transparence presque absolue, ou même avec les seins complètement nus, et ces femmes n'étaient nullement des hétaïres quelconques, mais des femmes du monde officiel d'alors, des amies de Joséphine de Beauharnais!
Inconscience plutôt qu'impudeur, accès de folie, le délire des plaisirs après la folie furieuse et le délire du sang!
Ces merveilleuses qui avaient bravé la guillotine bravaient la maladie. Pleurésies et fluxions de poitrine frappaient pourtant ces folles élégantes au sortir des bals et des salons, quand après la danse elles partaient à peine couvertes dans le froid de la nuit, par-dessus leur quasi-nudité, d'un mince fichu ou d'un schall large comme une écharpe.
Ces merveilleuses demi-nues qui prenaient leurs modes à Athènes copiaient aussi leurs coiffures sur celles des statues grecques et portaient les cheveux frisottés dans un réseau, les tresses et les nattes piquées de bijoux. Mais la vogue fut surtout pour les perruques blondes. Mme Tallien en avait jusqu'à trente, de toutes les nuances du blond. Ces perruques blondes, légèrement poudrées, les Jacobins les avaient abhorrées et proscrites; après thermidor elles triomphaient et devenaient le symbole de sentiments contre-révolutionnaires.