Un moment la mode est aux petits bonnets, des petits serre-têtes d'enfants ornés de dentelles qui donnent aux dames des airs naïvement enfantins, mais le triomphe de l'époque ce sont les grands chapeaux cabriolets, les capotes énormes qui s'allongent démesurément en avant de la figure enfoncée et dissimulée au plus profond de l'armature. Quelquefois ces capotes en cabriolet se compliquent d'un grand tube de haute forme, plus haut que le plus haut de tous les shakos des armées de sa Majesté.
Grand chapeau Empire.
Et pour qu'elles trouvent le moyen d'être gracieuses quand même là-dessous et d'être adorées par tous les étincelants officiers qui s'en viennent, entre deux victorieuses campagnes, brûler rapidement leurs cœurs à la flamme de leurs yeux, il faut que les femmes soient vraiment jolies.
Pour les bals et soirées, dans les salons où papillonnent les beaux officiers à côté des civils rejetés dans l'ombre, les femmes qui n'ont pas les allures triomphantes des Merveilleuses de la période précédente, mais qui au contraire, sous le regard des guerriers empanachés, prennent des allures de colombes timides, les belles ont des jupes extrêmement courtes ornées de bouquets de fleurs et laissant voir le bas de la jambe et le cothurne, non plus le cothurne antique de la belle Tallien, mais un cothurne soulier, attaché aussi par des cordons sur la cheville.
Ces belles de l'Empire, ces rêveuses Malvinas en robes sacs, qui songent aux beaux guerriers chargeant là-bas de l'autre côté du Rhin, se coiffent avec leurs tresses massées en casques, ou bien à la Chinoise, tous les cheveux tirés en l'air.
Les beautés sérieuses prennent le turban des Turcs. On connaît le célèbre portrait de Mme de Stael enturbannée, les salons se remplissent ainsi d'odalisques parisiennes et l'on trouve leur coiffure charmante. Après cela, qu'est-ce qu'une jolie figure et des yeux vifs ou langoureux ne sauraient faire passer?