LE TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE
CHAPITRE IX
LA RÉVOLUTION
Le dernier jour du Parlement.—Le Palais sous la Terreur.—Massacres de septembre.—La Conciergerie encombrée.—La rue de Paris.—Le tribunal révolutionnaire dans la salle de la Liberté, ancienne Grande Chambre, et dans la salle de l’Egalité, ancienne Tournelle.—Fouquier-Tinville et ses jurés.—Les grands procès.—Charlotte Corday, Danton, Marie-Antoinette, les Girondins.—Le cachot de la reine.—La prison des Girondins.—Fin de Robespierre.—Transformations après la Révolution.—Les conspirateurs sous l’Empire.—Les prisonniers de la Restauration.—Le palais incendié.
LA REINE ALLANT A L’ÉCHAFAUD
Voici l’heure des grandes convulsions, du naufrage corps et biens de l’ancienne société. Avec l’ère nouvelle qui commence par l’immense drame de la Révolution destiné à promener l’incendie dans l’édifice du passé, par toute la France d’abord, à prendre ensuite pour terrain l’Europe entière, des jours terribles vont venir pour le vieux Palais d’où les premières étincelles étaient parties, des jours plus terribles que tous ceux qu’il a traversés dans les commotions sanglantes d’autrefois.
Comme toutes les institutions du passé attaquées l’une après l’autre, l’organisation judiciaire, antique décor majestueux mais vermoulu, va tomber aussi; le vieux Parlement aux attributions confuses et indéterminées, corps judiciaire prétendant aussi être législatif et régenter à la fois peuple et monarque, va s’écrouler et mourir définitivement, tué précisément par l’enfant qu’il avait mis au monde. Il avait résisté à bien des assauts jadis, lutté contre les rois, triomphé d’eux par la force ou la souplesse, pliant sous les rois forts pour se redresser plus haut ensuite avec les autres; il s’écroule d’un seul coup, brisé par un simple décret de l’Assemblée nationale. Il avait tué la monarchie en déchaînant la Révolution, la Révolution l’écrasait sous les premiers débris de l’édifice royal.
1790. FERMETURE DU PARLEMENT
Le 13 novembre 1790, le maire de Paris, à la tête de quelques bataillons de gardes nationaux, se présenta au Palais, rangea ses hommes dans la cour du May et le long de la rue de la Barillerie, et monta mettre les scellés sur les papiers et archives parlementaires. Tout était fini. La vieille organisation si compliquée, la Grande Chambre, les trois Chambres des enquêtes, la Chambre des requêtes et nombre de juridictions accessoires, tout sombrait en même temps d’un seul coup, presque sans bruit ni protestations, pendant que l’Assemblée nationale procédait à l’élaboration d’une nouvelle organisation judiciaire.