LA REINE ALLANT AU TRIBUNAL RÉVOLUTIONNAIRE

A 4 heures et demie du matin, la condamnation prononcée, la reine fut conduite dans la chambre des condamnés, pratiquée dans le Grand guichet, où les victimes du tribunal révolutionnaire passaient les quelques heures séparant la condamnation de l’exécution.

Quoique à demi morte de fatigue, elle put écrire une longue lettre à Mme Elisabeth, lettre qui fut confisquée par Fouquier, et se jeta tout habillée sur un lit de sangle pour prendre quelques heures de repos avant le moment fatal. Elle dormit un instant et prit, vers 7 heures, quelque nourriture. Un peu avant 11 heures arriva le bourreau pour la suprême toilette. Elle fut bientôt prête; ses cheveux tombèrent, il ne lui resta que des cheveux courts tout blancs sur le sommet de la tête. Vêtue d’une jupe blanche sur un jupon noir et d’une longue camisole blanche, coiffée d’un affreux bonnet, comme nous le montre un croquis d’un réalisme cruel, tracé par David d’une fenêtre sur le passage de la charrette, elle sortit de la Conciergerie, les mains attachées derrière le dos, et monta dans la charrette qui allait accomplir le long voyage de la place de la Révolution, en passant par le Pont-au-Change et la rue Saint-Honoré.

Le cachot de la reine existe encore, mais la Restauration, au lieu de lui laisser son aspect, l’a, par un vandalisme pieux, transformé en chapelle, en changeant même les dispositions. Dans l’angle a été élevé un monument en forme d’autel avec inscriptions tirées du testament de la reine.

A côté de la grille séparant le Grand guichet de la galerie appelée rue de Paris, se voit la porte étroite et basse donnant sur l’étroit escalier que devait suivre la reine pour monter au tribunal révolutionnaire. C’était par là que passaient les malheureux conduits au farouche tribunal; ils avaient peu de chemin à faire et ne pouvaient être vus des autres détenus.

Tout à côté du cachot de la reine, et séparé seulement par un mur, se trouve le local où furent enfermés les Girondins. C’était la chapelle, une salle assez vaste à voûtes surbaissées, sur laquelle, au fond, donnent des ouvertures garnies par des espèces de cages grillées.

Les Girondins étaient depuis de longs jours emprisonnés dans les greniers des Carmes; ils furent amenés en octobre à la Conciergerie et livrés au tribunal révolutionnaire. Sept jours durant, ils se défendirent pied à pied, sans que l’on pût rien trouver d’à peu près alléguable pour motiver la condamnation voulue d’avance.

LE DÉPART DES GIRONDINS POUR L’ÉCHAFAUD. 1793