L’ABSIDE DE NOTRE-DAME VUE DU QUAI DE L’ILE SAINT-LOUIS (HÔTEL DE BRETONVILLIERS)
CHAPITRE XI
LES GRANDS JOURS DE NOTRE-DAME (Suite)

Les cérémonies sous Louis XIII.—Bagarres dans l’église.—Parlement et Chambre des Comptes.—Le vœu de Louis XIII.—Dévastation du chœur sous Louis XIV.—L’ancien chœur, le jubé et la clôture historiée.—Les étendards ennemis.—Pompes joyeuses et cérémonies funèbres.—Marie-Antoinette.—Bénédiction des drapeaux de la Garde Nationale.—La dernière amende honorable au Parvis.—Suite des dévastations.—Le trésor.—La déesse Raison.

LES OISELEURS SUR LE PARVIS DE NOTRE-DAME AUX RELEVAILLES DE MARIE-ANTOINETTE

En différentes circonstances, pour des Te Deum, pour des entrées solennelles, les cérémonies à Notre-Dame furent nombreuses aussi sous Louis XIII. C’en était fini des grandes scènes dramatiques que la cathédrale avait vues pendant le siècle troublé et passionné qui venait de se clore; au XVIIe siècle, Notre-Dame devait seulement servir de cadre à des pompes joyeuses ou tristes, toujours fastueuses, entremêlées seulement parfois de querelles ridicules pour des questions d’étiquette. Les passions étaient éteintes ou fatiguées, les caractères apaisés ou refroidis; le siècle nouveau, à part la secousse de la Fronde, révolution avortée précisément en raison de ce rapetissement, devait être un temps régulier et ordonné.

Il faut, dans le nombre de ces solennités à la cathédrale sous le successeur de Henri IV, mettre à part l’étrange réception du cardinal Barberini, légat du pape, le 10 mai 1625, le Te Deum chanté à l’occasion de la prise de la Rochelle le 4 novembre 1628 et la cérémonie du 15 août 1638.

La réception du légat fut l’occasion de querelles entre les échevins et les représentants des corporations, de disputes sur le cérémonial entre le légat et les évêques et archevêques appelés à figurer dans la réception. Chacun y mit une parfaite mauvaise grâce et tout alla le plus mal possible dès la porte Saint-Jacques, si mal qu’en arrivant au Marché-Neuf, de querelle en querelle, les horions se mirent de la partie et que le légat tombé de sa mule blanche, vit déchirer en morceaux le dais sous lequel il marchait, et fut tout heureux de trouver Notre-Dame comme un refuge.

Au Te Deum chanté en présence de la reine et de la cour pour la chute de la ville huguenote, une question d’étiquette faillit mettre aux prises, dans la cathédrale même, les conseillers du Parlement et les conseillers d’Etat. Les membres du Parlement prétendaient occuper dans le chœur les premières places sous le siège épiscopal; des conseillers d’Etat s’y trouvant installés déjà, une dispute violente s’éleva. Gravement le Parlement groupé dans le chœur délibéra comme au Palais et rendit un arrêt ordonnant aux conseillers d’Etat de céder la place. Les conseillers d’Etat, sans se troubler, arguèrent de vice de forme et déclarèrent l’arrêt nul et non exécutoire. Et la dispute de ces robes noires et rouges continua au grand scandale de tous, couvrant parfois les chants religieux jusqu’à ce que la Reine impatientée, s’étant informée, envoya l’ordre aux conseillers d’Etat de quitter la place, ce qui ne se fit pas sans de grands murmures et sans troubles répercutés de rang en rang dans l’assistance.

Au 16 août 1638, à la première cérémonie en exécution du vœu de Louis XIII, ce fut bien autre chose et un plus grand scandale encore, et de même pour une question de préséance.

Les cours supérieures, le corps de ville assistaient bien entendu à cette solennité. L’étiquette admise voulait que dans les cérémonies où devaient paraître les diverses cours souveraines, le Parlement prît la droite et la Chambre des comptes la gauche, les deux présidents s’avançant de front. A Notre-Dame le Parlement occupait dans le chœur les stalles de droite à la place des chanoines, et la chambre des comptes celles de gauche; pour l’entrée dans l’église l’étiquette était moins rigoureuse mais la sortie devait s’effectuer dans l’ordre admis.