LES TROUPES DES SEIZE CASERNÉES DANS LES GALERIES DE NOTRE-DAME, 1590

Le XVIIe siècle imprime son cachet particulier, son goût pour les grands déploiements d’un faste théâtral à ces cérémonies funèbres. Ce sont d’ailleurs les artistes créateurs de ces pompeux arcs de triomphe des grandes fêtes, et des décorations des ballets dansés à la cour, qui organisent aussi ces fêtes funèbres. Il semble même que ces décorations des églises aux grands jours de deuil soient préparées pour des ballets funéraires où la Douleur doive s’exprimer en pas et en cadences bien réglés. La cathédrale, ces jours-là, disparaît sous d’extraordinaires décorations intérieures et extérieures, sous de formidables placages d’architectures et de colossales machineries; des draperies noires voltigeantes voilent les tours de Notre-Dame, des colonnades encadrent des groupes allégoriques au dedans et au dehors de la cathédrale, soulignés d’inscriptions en prose et en vers; à l’intérieur complètement transformé et dont l’architecture gothique ne se découvre plus que dans le haut des voûtes que l’on n’a pu déguiser, ce ne sont que tribunes écussonnées, balcons ventrus, colonnes et pilastres semés d’attributs funèbres, autour de catafalques aux dimensions considérables chargés aussi d’allégories et d’inscriptions.

ANCIENNE MAISON DU CLOÎTRE NOTRE-DAME, DÉMOLIE EN 1860
D’APRÈS MARCEL POTÉMONT

Catafalques et cénotaphes où travaillent peintres, sculpteurs et décorateurs, sont de véritables monuments, élevés sous la direction de Le Brun, de Van der Meulen ou de Bérain, qui fut l’ordonnateur du Camp de la Douleur, appareil funèbre pour le service solennel de Mgrle prince de Condé, à Notre-Dame, le 10 mars 1687, où les batailles et les principales actions de la vie du héros étaient représentées, avec des médaillons de tous ses ancêtres depuis saint Louis et beaucoup d’autres choses.

Ainsi les voûtes de la cathédrale voient se déployer les pompes funèbres de la reine de France Marie-Thérèse, le 2 août 1683, plus tard celles du Dauphin, puis du duc et de la duchesse de Bourgogne, des petits dauphins, de toute cette descendance de Louis XIV fauchée par la mort, tandis que le vieux roi achevait ses dernières années dans la tristesse, tremblant pour son dernier rejeton, le petit duc d’Anjou, futur Louis XV.

En 1715, le 3 septembre, c’était pour les funérailles de Louis que Notre-Dame se remplissait de personnages officiels; les membres des grands corps de l’Etat étaient là, songeant au règlement difficile de la succession et se demandant à qui allait revenir le pouvoir. Le peuple s’en allait sur la route de Saint-Denis rire et boire dans les cabarets, sous les tentes dressées pour l’occasion, en regardant passer le corps du grand monarque, que les officiers de la couronne et les personnages commandés par l’étiquette allaient enfouir dans les caveaux de la nécropole royale de Saint-Denis, c’est-à-dire le XVIIe siècle attardé que le XVIIIe enterrait avec un soupir de soulagement.

On trouve les représentations de ces pompes funèbres dans les estampes du temps, et l’on voit le XVIIIe siècle amplifier encore sur ces pompes. Après Berain, les frères Slodtz, sculpteurs de talent, organisèrent des funérailles encore plus fastueuses, des décorations plus considérables et plus extraordinaires que celles de leurs prédécesseurs, avec la même verve qu’ils mettaient à ordonner aussi les réjouissances publiques et à régler les fêtes et les bals de la cour.

Ils ordonnèrent, en 1735, la pompe funèbre, à Notre-Dame, de la reine de Sardaigne, reproduite ainsi que d’autres dans les estampes de Cochin. Pour cette occasion, ils avaient élevé dans le chœur de la cathédrale un énorme catafalque peuplé de statues et d’emblèmes. La figure principale était un Temps colossal debout, une faux à la main sur une sphère, moissonnant couronnes, tiare, sceptres, et casques, parmi des débris de monuments renversés. Au coin du monument, des anges contemplaient en pleurant les ravages de l’impitoyable faux, à côté d’une demi-douzaine de Vertus abîmées dans la douleur.

En 1734, un service solennel fut célébré en l’honneur des officiers et soldats morts pendant la campagne du Milanais contre les Autrichiens. Il est très probable que les pompes funèbres de ces soldats, à qui l’on devait les victoires de Parme et de Guastalla, n’égalèrent pas celles des princes et princesses célébrées avec une telle dépense de statues et d’allégories fastueuses, mais enfin on avait pensé à eux.