Le 10 juin 1811, à Notre-Dame, avec le même déploiement de faste qu’au grand jour du sacre, fut baptisé l’enfant qui avait trouvé dans son berceau les adulations de l’Europe et la couronne du roi de Rome, et qui devait finir tristement avant l’âge d’homme, étouffé par l’ombre de son père et regardé par la cour de Vienne avec amertume comme le fruit d’une faute.

Au baptême impérial tous les chefs des royaumes satellites du vaste empire, les princes feudataires créés par Napoléon ou entraînés par force dans le système napoléonien étaient là rendant leurs devoirs au suzerain. Les grands corps de l’Etat, le Sénat, le Corps législatif, les hauts fonctionnaires, les maires des grandes villes de l’immense Empire remplissaient la nef de la cathédrale. Le grand-duc de Wurtzbourg représentait l’Empereur d’Autriche, grand-père de l’enfant, parrain, et Madame mère représentant la marraine, la reine de Naples.

Lorsque l’enfant eut reçu l’eau du baptême, l’Empereur le prit des mains de sa gouvernante Mme de Montesquiou, et l’élevant au-dessus de sa tête le montra à cette foule de rois et de princes, à cette assistance chamarrée et resplendissante, à ces représentants de tant de peuples divers, comme le maître futur, l’héritier de son sceptre de dompteurs de nations.

Après la cérémonie à Notre-Dame, les fêtes à l’Hôtel de Ville où l’Empereur dîne la couronne en tête, entouré de rois et de princes. Il est au faîte de la puissance, au sommet de la montagne, la tête dans le vertige; l’heure de la descente rapide va sonner.

Quelques Te Deum encore pour les hécatombes dernières, puis six mois de silence pendant lesquels l’aigle précipité de si haut se débat.

Le sang des derniers et imberbes conscrits de la France épuisée d’un effort de vingt années fume dans les plaines de Champagne, et tout à coup d’autres actions de grâces s’élèvent vers le ciel pour le retour des Bourbons. A peine a-t-on eu le temps de ranger les ornements du sacre, les aigles triomphantes couvrant les murs de Notre-Dame pour le baptême du roi de Rome, que l’encens et les hymnes s’élèvent vers les voûtes pour les Lys retrouvés.

Pauvres lys, antique fleur de France, battue par le farouche ouragan, sa tige est bien frêle. Reprendra-t-il sur ce sol chargé de décombres?

Le 12 avril 1814, douze jours après le combat de Clichy et la capitulation de Paris, le Parvis Notre-Dame voyait descendre de cheval M. le comte d’Artois, qui venait remercier Dieu dans la cathédrale avant de gagner les Tuileries à la tête d’un brillant cortège où les représentants de la vieille noblesse chevauchaient côte à côte avec des maréchaux de l’Empire.

Trois semaines après, c’était un autre cortège et une autre entrée, une entrée royale comme jadis, mais bien émouvante celle-ci pour les survivants de l’effroyable drame de vingt-cinq ans, pour tous ceux qui depuis le commencement avaient pu voir s’en dérouler toutes les pages sanglantes. Louis XVIII arrivait à Paris dans une voiture découverte traînée par huit chevaux blancs, ayant à côté de lui la duchesse d’Angoulême et le vieux prince de Condé. A cheval aux portières du carrosse se tenaient le comte d’Artois et son fils le duc de Berry.

Le cortège royal après avoir entendu un Te Deum à Notre-Dame passa par le Pont-Neuf, où il fit une station devant la statue d’Henri IV nouvellement relevée, et se dirigea ensuite sur les Tuileries au milieu d’enthousiastes démonstrations royalistes.