Pont aux Changeurs.—La Hanse des marchands.—Les maisons et moulins des ponts.—Inondations et débâcles de glaces, écroulements et incendies.—Le pont aux Meuniers.—Incendie des ponts au Change et Marchand.—Le quai de Gèvres.—Le Petit-Pont et le Petit-Châtelet.—La planche Mibray et le pont Notre-Dame.—Passage de princes et princesses.—La pompe Notre-Dame.—Le pont Saint-Michel.—Les dernières maisons des ponts en 1809.—Les ponts de l’Hôtel-Dieu.
LES MOULINS DES PONTS
Pendant des siècles, aux temps lointains et obscurs, l’île de la Cité n’eut pour communiquer avec ses rives que deux ponts, amarres de la nef symbolique de Lutèce, le Petit-Pont au sud et le Grand-Pont au nord. Jusqu’à notre époque, on a considéré notre pont au Change comme le successeur direct du Grand-Pont de la vieille Lutèce. Nous avons noté les doutes que de nos jours des érudits et des chercheurs ont émis sur cette filiation, voulant voir dans le pont Notre-Dame le représentant du grand pont gallo-romain.
Le pont Notre-Dame du moyen âge a pu avoir des ancêtres; il n’est point extraordinaire que Paris, renaissant et grandissant après les Normands, ne se soit point contenté d’une seule communication avec sa rive droite, mais l’existence du Petit-Châtelet au bout du Petit-Pont et du Grand-Châtelet, à la tête du Grand-Pont, semble bien indiquer que là était le grand passage, la voie importante et principale. Donc, tenons pour bonne, sauf preuve complète et définitive, l’ancienne et constante tradition. Le pont au Change, c’est le fameux Grand-Pont de Paris maintes fois tombé, écroulé ou brûlé. Au commencement du XIVe siècle, on constate l’existence d’un pont de Bois ou d’une passerelle à moulins sur l’emplacement du pont Notre-Dame. Une autre passerelle existe aussi un peu plus loin, à peu près à la hauteur du pont de la Tournelle, donnant accès à l’île Notre-Dame, actuellement Saint-Louis, alors coupée en deux par une fortification doublée d’un fossé, complétant la défense de la Seine entre les deux parties de l’enceinte. A la fin du même siècle se construit le premier pont Saint-Michel, qui venait au sud suppléer à l’insuffisance du Petit-Pont, pour les communications avec la rive gauche.
Au commencement du XVIe siècle, nous trouvons un pont de plus, le pont aux Meuniers, qui double le pont au Change sous les tours du Palais; encore ne servit-il d’abord qu’aux meuniers ses propriétaires. Enfin le Pont-Neuf, superbe pont monumental, se construit lentement pendant les guerres de la Ligue et donne à cette pointe de la Cité sa physionomie définitive.
La première partie du XVIIe siècle voit naître l’île Saint-Louis, avec les ponts Marie au nord et de la Tournelle au sud, avec le pont Rouge, qui sert d’attache ou d’amarre si l’on veut pour l’île Saint-Louis, à la suite de la Cité, gabarre à la remorque du grand navire parisien.
Ensuite viennent le pont au Double ou de l’Hôtel-Dieu, servant de lien entre les deux parties du grand hôpital à cheval sur les deux rives, le pont Saint-Charles, et un autre pont Rouge, le pont de Bois, jeté sous Louis XIV à la place du bac servant aux communications entre les Tuileries et la Grenouillère sur la rive gauche.
Les autres ponts sont modernes et nés à peu près tous dans le courant de notre siècle.
Le Grand-Pont établi en bois depuis des siècles, brûlé ou enlevé par les eaux plusieurs fois, dut commencer à se charger de maisons vers le XIe siècle. Des moulins tournaient sous les arches; aux maisons des meuniers s’ajoutèrent des ateliers d’orfèvres, puis une ordonnance de Louis VII, en 1141, y établit les boutiques de changeurs, et peu à peu le Grand-Pont devint le pont aux Changeurs. A cette époque, l’étroit passage, serré entre deux rangs de petites maisons, seule communication de la Cité avec les faubourgs du nord, est animé par le va-et-vient incessant des cavaliers et des piétons, des marchands amenés par leurs affaires, des flâneurs attirés par les boutiques. On trouve là non seulement les riches changeurs, presque tous Lombards faisant le commerce de l’argent et la banque, mais encore des orfèvres et autres artisans travaillant surtout les métaux précieux.