LE PONT ROUGE ENTRE LA CITÉ ET L’ILE SAINT-LOUIS. XVIIe SIÈCLE
Le peintre Raguenet qui a laissé de si curieuses vues de Paris au XVIIIe siècle, en tirait un parti superbe, comme nous pouvons le voir dans quelques-uns de ses tableaux recueillis au musée Carnavalet, notamment dans celui qui représente une joute de mariniers à l’occasion d’une fête publique, devant la pompe et les maisons du pont chargées de spectateurs à toutes leurs fenêtres, à tous les balcons, à tous les appentis suspendus au-dessus de la Seine.
En 1769, on décida la suppression des maisons construites sur le pont Notre-Dame; on ne les démolit cependant qu’en 1786, en même temps que celles du pont au Change et du pont Marie. Sous la Révolution, le pont Notre-Dame ne pouvait garder son nom, il porta quelque temps le nom de la Raison, puisqu’il menait au temple de cette divinité nouvelle.
LE PONT ROUGE ENTRE LES TUILERIES ET LE PRÉ AUX CLERCS. XVIIe SIÈCLE
La pompe Notre-Dame disparut en 1861; vers la même époque, le pont lui-même fut comme raboté sur toutes ses faces et banalisé autant que faire se pouvait, pour le déguiser en pont moderne, sans caractère et sans lignes. Sa pente était abaissée, les irrégularités supprimées, les becs triangulaires rapetissés et arrondis... Les aquafortistes peuvent rentrer leurs crayons et leurs pointes. Qui donc aurait maintenant l’idée de le dessiner, ce vieux pont Notre-Dame?
Un pont dédié à saint Michel à cause de la chapelle Saint-Michel du Palais, proche voisine, exista au XIIIe siècle. Il était en bois et s’appelait aussi le Pont-Neuf. C’est tout ce que l’on en sait. La date de sa destruction est aussi peu connue que celle de sa construction. Dulaure présume qu’il fut emporté par la débâcle de 1326.
En 1378, Charles V décida la reconstruction de ce pont. «Notre roi Charles fut sage artiste et se démontra vrai architecteur, deviseur certain et prudent ordonneur, lorsque les belles fondations fit faire en maintes places notables édifices, beaux et nobles, tant d’églises comme de châteaux, et autres bâtiments, à Paris et ailleurs», dit Christine de Pisan dans le livre des bonnes mœurs de Charles V.
Le pont fut ordonné après enquête et conseil tenu au Parlement par les commissaires royaux, le prévôt de Paris, les conseillers au Parlement, le doyen, le chantre, le pénitencier et quatre chanoines de Notre-Dame, plus cinq bourgeois notables. Les travaux commencèrent aussitôt; le prévôt Aubryot, qui avait grand besoin de maçons et de manœuvres pour les considérables travaux alors entrepris dans Paris, faisait des rafles de vagabonds et de voleurs et les envoyait à ses bâtisses. L’abbaye de Saint-Germain des Prés éleva des protestations comme elle ne manquait pas de le faire chaque fois que l’on touchait à la rivière pour une cause quelconque, que l’on bâtissait quelque chose dessus ou que l’on établissait un bac. Elle se prétendait, en vertu d’une donation de Childebert, propriétaire de la rivière depuis le Petit-Pont jusqu’à Sèvres, eaux, fonds et rives, sur une largeur de dix-huit pieds! On négligea ces réclamations et le pont fut achevé en 1387.