Le chien d’Aubry de Montdidier.—Herbages et cabarets de l’île Notre-Dame.—La tour Loriaux et son fossé.—L’île Tranchée et l’île aux Vaches.—L’entreprise Marie.—Déboires et procès.—Le quartier de l’Ile.—Le pont de la Tournelle.—La tour des Galériens.—Le pont Marie.—Ecroulement de deux arches.—L’accident du pont Rouge.—Le quai des Balcons.—Les hôtels Bretonvilliers, Lambert, Pimodan, etc.—Les chantiers de bois de l’île Louviers.
LA PROCESSION SUR LE PONT ROUGE
Appelée île Notre-Dame avant de prendre le nom de son église paroissiale Saint-Louis, l’île Saint-Louis, comme plus ancien souvenir du temps où elle n’était que pré ou saulaie, herbage tranquille avec un cabaret peut-être sous les arbres, a la vieille légende du chien de Montargis, fameuse au moyen âge, et que rappelait une sculpture au manteau de la cheminée du grand château de Montargis.
On connaît l’aventure: Un nommé Aubry de Montdidier, ayant été assassiné et enterré dans une forêt près de Paris, son chien, après avoir passé plusieurs jours sur sa fosse, s’en fut trouver à Paris un ami de son maître et l’importuna tellement par ses hurlements et ses façons extraordinaires que celui-ci finit par comprendre qu’un malheur devait être arrivé à son ami.
Il suivit le chien qui l’entraîna jusqu’à la fosse où le malheureux Aubry gisait. Une sépulture chrétienne fut donnée au cadavre, le crime fut mis sur le compte de voleurs quelconques, et bientôt oublié.
Mais le fidèle animal n’oubliait pas. L’ami de son ancien maître l’avait gardé chez lui; un jour, il vit ce chien se jeter sur un homme avec fureur. On lui fit lâcher prise difficilement, on le battit. Plusieurs fois, le fait se renouvela; avec le même hérissement de fureur, le chien sautait à la gorge de l’homme, un chevalier nommé Macaire, chaque fois qu’il le rencontrait ou le découvrait dans un groupe. Comme Macaire était connu pour avoir été l’ennemi d’Aubry, des soupçons naquirent bientôt de l’acharnement du chien. Une accusation directe fut portée, finalement fut décidé le recours au jugement de Dieu. Le combat ayant été ordonné entre l’homme et le chien, les prés de l’île Notre-Dame servirent de champ clos. On sait que la bataille se termina par la victoire du chien, Macaire était vraiment l’assassin, il l’avoua avant de mourir.
Jusqu’au commencement du XVIIe siècle, l’île Notre-Dame, chaloupe accrochée à l’arrière de la nef parisienne, conserva son aspect champêtre des vieux temps. Elle appartenait au chapitre de Notre-Dame qui la louait à des particuliers pour y faire paître des bestiaux, et à des blanchisseurs qui y mettaient sécher leur linge. Elle fut à une certaine époque coupée en deux par un mur et un fossé qui reliaient les deux parties de l’enceinte, entre la Tournelle de la rive gauche et la tour Barbeau de la rive droite. La partie comprise dans l’enceinte s’appela île Tranchée et l’autre île aux Vaches. Un pont de bois, vers cette époque, rattacha l’île Notre-Dame au port Saint-Bernard, à peu près sur l’emplacement du pont de la Tournelle actuelle; il était défendu par une tourelle carrée. C’est à peu près tout ce qu’on en sait. Emporté par les eaux à une époque inconnue, il ne fut pas remplacé.
Sous Charles V, la défense de l’île Notre-Dame était complétée par une tour appelée la tour Loriaux. Des cabarets s’élevèrent dans l’île où, le dimanche, les Parisiens venaient s’esbaudir et jouer aux boules sous les peupliers et les ormeaux.
Au XVIe siècle, ce mur et la tour Loriaux ruinés ont dû disparaître, on n’en voit plus trace dans les plans de l’époque. Le fossé paraît s’être élargi en un petit bras de Seine; sur l’île Notre-Dame ainsi que sur l’île Louviers qui la suit, on n’aperçoit qu’une ou deux maisons parmi les arbres. Une vue du XVIe siècle nous la fait voir plus habitée, les maisons sont plus nombreuses, il y a des jardins, des sentiers, et un moulin qui semble posé sur des débris de fortifications. Ceci c’est l’île Notre-Dame du temps d’Henri IV, le règne suivant va la transformer complètement.