En entrant dans la cour du Mai, on avait à droite les murs de la Grande Salle avec leurs deux étages de fenêtres et leurs tourelles d’escalier; en face un grand et beau bâtiment joignant la Grande Salle au porche de la Sainte-Chapelle. C’était la galerie dite aux Merciers, à cause des marchands qui s’y établirent. Cette galerie, d’un style puissant comme le bâtiment de la Grande Salle, soutenue de contreforts, éclairée par de hautes ogives, s’ouvrait sur la cour par une belle porte surmontée d’un gable à pinacles et fleurons, et précédée d’un monumental perron, les grands degrés du Palais, célèbres dans l’histoire de l’édifice autant que le perron de la Sainte-Chapelle.

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Cette splendide cour du Mai, si bien encadrée sur trois côtés par le mur d’enceinte, par la Grande Salle et par la galerie aux Merciers, l’était encore plus superbement sur le quatrième côté. Par là s’élevaient la Sainte-Chapelle, dont le flanc nord est aujourd’hui emboîté et perdu dans nos lourds bâtiments modernes, et sa sacristie, le trésor des Chartes, petite réduction de la Chapelle, accolée à l’abside et démolie au siècle dernier.

Il serait certes impossible de rêver plus magnifique réunion d’édifices merveilleusement et différemment ornés, se découpant pittoresquement en silhouettes variées, avec toutes leurs pointes et leurs saillies, avec leurs pignons à crochets, leurs combles élancés, leurs contreforts, leurs lucarnes aiguës et l’envolement de toutes les lignes de la Sainte-Chapelle, ce reliquaire en orfèvrerie de pierre, tout en lignes perpendiculaires, jaillissant du sol vers le ciel par tous ses pinacles, par ses tourelles et sa flèche.

Derrière la galerie des Merciers une grosse tour ronde isolée dans une cour formait le donjon de ce palais d’une épaisseur de murs énorme; ce donjon vécut jusque vers la fin du siècle dernier, on le nommait alors «tour de Montgommery» parce qu’il avait servi de prison au meurtrier involontaire d’Henri II, lorsque après des années de courses à la tête des plus hardis routiers protestants il avait fini par être pris au siège de Domfront.

LE PALAIS. LA COUR DU MAI ET LE GRAND PERRON.

Sous ce gros donjon, un grand logis s’étendait, faisant face au couchant sur les jardins, entre deux tours carrées. C’était le logis royal, construit soit par saint Louis, soit par Philippe le Bel. Sur sa façade orientale, une petite chapelle, annexe des appartements royaux, venait presque toucher au donjon.

La façade sur les jardins présentait entre les deux tours ou pavillons carrés quatre grandes et hautes arcades, formées par de hauts contreforts portant une galerie supérieure; la tradition voulait que la grande fenêtre sous la première arcade de gauche fût celle de la chambre de saint Louis. Disons tout de suite que ce logis royal habité par saint Louis peut-être, et assurément par tous les rois à partir de Philippe le Bel jusqu’à Charles V, encastré plus tard dans l’entassement confus de bâtiments construits au fur et à mesure des besoins dans le palais des Parlements, étouffé sous les adjonctions parasites, horriblement maltraité, traversa les siècles et parvint jusqu’à nous, oublié sous sa carapace de maçonneries.