Si la Ligue avait son Parlement, dont ces exécutions assuraient la docilité, le parti royaliste avait aussi le sien qui rendait arrêts et décrets opposés à ceux du Parlement de la Ligue. Chacun de ces Parlements faisait brûler par la main du bourreau les arrêts de l’autre. Ainsi fut-il fait à Paris au bas du perron de la cour du May pour certains actes des Parlementaires de Tours.

Pendant le siège, quand les Parisiens affamés n’avaient pour se nourrir que les chaudières de mauvaise bouillie que l’ambassadeur d’Espagne mettait au coin des rues, que des herbes recueillies où il en pouvait pousser, ou bien le pain de madame de Montpensier fait de poussière d’os et de son, alors que les sermons, dit l’Estoile, étaient la seule chose qui fût à bon marché dans Paris, il y eut quelques émeutes de misère devant le palais. On y venait réclamer la paix et du pain.

LA SOUPE DE L’AMBASSADEUR D’ESPAGNE

L’une de ces émeutes occasionna un tumulte plus grave. Comme les milices du quartier cherchaient à dissoudre le rassemblement, le quartenier Le Gois qui les commandait, reçut une blessure mortelle. Aussitôt, comme on craignait que la sédition ne cachât une entreprise des royalistes, des forces arrivèrent, on ferma les portes du Palais et l’on saisit tous ceux que l’on trouva en armes, sur lesquels quelques-uns pour l’exemple furent pendus le lendemain.

Les États généraux, convoqués en 1593 par la Ligue ne se tinrent pas au Palais, mais dans une salle du Louvre. Le Parlement avait émis la prétention d’y paraître et d’opiner avec les trois ordres, mais sa prétention fut repoussée. Les Etats siégèrent pendant six mois, cherchant un roi au milieu de mille intrigues, de pourparlers et de négociations de toutes sortes. Ils étaient, pour en finir, sur le point de donner la couronne à l’un des princes lorrains, sous l’obligation pour celui-ci d’épouser une infante d’Espagne, ce qui donna lieu à un arrêt de protestation du Parlement, déclarant de nul effet et sans valeur toute élection de princesse ou prince étrangers.

Henri IV agissait et négociait aussi de son côté. Ayant retiré par son abjuration tout prétexte à l’opposition des catholiques, son triomphe définitif ne fut plus qu’une affaire de temps et l’an 1594 vit enfin le terme de cette longue et sanglante période des guerres religieuses.

Henri IV, maître de Paris, assis enfin sur ce trône qu’il avait mis quatre années à conquérir, ayant au jour de son triomphe proclamé une amnistie générale et voyant venir à lui, gagnés, résignés ou achetés, les grands seigneurs de la Ligue, reçut la soumission de cette Université qui avait tant travaillé contre lui, et celle du Parlement qui maintenant révoquait, cassait, annulait tous les édits, tous les arrêts rendus pendant les mauvais jours pour la très sainte Ligue.

ARCATURES DE LA SAINTE-CHAPELLE
A DROITE PLACE DU ROI, A GAUCHE PORTE DONNANT DANS L’ORATOIRE DE LOUIS XI