Le poète avait été de la Basoche; après avoir grossoyé chez son beau-frère Dongeois, greffier aussi au Parlement, il se fit recevoir avocat, et plaida au moins une fois au Palais, avec, par bonheur, un insuccès si complet qu’il dut tout de suite renoncer à l’espoir d’obtenir jamais le moindre sac à procès de la confiance des procureurs.
Enfin en sa vieillesse revenu au gîte, à l’île de la Cité et à son vieux Palais, il fut enterré sous les dalles de la Sainte-Chapelle. On ne peut donc être plus du Palais que le poète qui a chanté dans le Lutrin la grande dispute des chanoines de la Sainte-Chapelle, à propos d’un lutrin placé dans le chœur par le trésorier de la Sainte-Chapelle, grand dignitaire du chapitre.
La déesse Discorde assise au pied du May contemple le temple de la Chicane son empire:
Elle y voit par le coche et d’Evreux et du Mans,
Accourir à grands flots ses fidèles Normands;
Elle y voit aborder le marquis, la comtesse,
Le bourgeois, le manant, le clergé, la noblesse.
Et partout des plaideurs les escadrons épars
Faire autour de Thémis flotter ses étendards...
A un autre endroit Boileau parle du pilier des consultations, dans la grande salle, un pilier particulier devant lequel procureurs et gens de loi attendaient les plaideurs pour les consultations pressées, comme, dans la précédente grande salle gothique, plaideurs et avocats affairés se groupaient devant les quatre grandes cheminées, ou sur les bancs d’embrasure entre les arcatures,
Entre les vieux appuis dont l’affreuse grande salle
Soutient l’énorme poids de sa voûte infernale,
Est un pilier fameux des plaideurs respecté
Et toujours des Normands à midi fréquenté.
Là sur des tas poudreux de sacs et de pratique,
Hurle tous les matins une sibylle étique;
On l’appelle Chicane...
A rapprocher d’un croquis précédent de maître François Villon:
Je vis là tant de mirlifiques,
Tant d’ameçons et tant d’affiques
Pour attraper les plus huppés,
Les plus rouges y sont happés...
Cuydant destruire son voisin
De Poytou ou de Limousin...
Au pied du perron de la cour du May avait été établi un montoir de pierre, pour aider les vieux conseillers et les graves magistrats à descendre de leurs mules, quand ils arrivaient le matin de très bonne heure, dans leur modeste équipage, se mettre à la besogne dans les diverses «chambres».